Le chauffage dans les ouvrages fortifiés apparait comme une nécessité dès leur conception. A l’inverse toutefois des festen allemandes du siècle précédent ou les puissance installées permettaient de chauffer les locaux de manière effective et de garantir un réel confort, il sera choisi dans un premier temps pour la fortification Maginot de ne mettre en place que des installations de puissance faible ou modérées avec comme objectif premier non pas de chauffer les ouvrages mais simplement de tempérer légèrement les locaux afin de lutter contre l'humidité omniprésente
Force est cependant de constater après les premières occupations en 1935-36 d'ouvrages quasiment achevés, que ceux-ci rencontraient systématiquement de sérieux problèmes d'humidité rendant leur habitabilité problématique. Ce constat inacceptable entraine le lancement dés 1936 d'un grand programme d'amélioration de l'habitabilité des ouvrages, dont le volet "chauffage" sera l'un des éléments clés. La doctrine initiale ayant ainsi montré ses limites, les ouvrages de la génération des 'nouveaux fronts' - équipés à partir de cette période 1936-37 - seront d'emblée mieux lotis et des compléments d’installation seront apportés dans certains ouvrages du nord-est lors de la mise en place juste avant guerre de l’alimentation par l’arrière.
, les constructions ultérieures étant en général dépourvues de système de chauffage, ou équipées avec des matériels de récupération ad-hoc.
Les principes utilisés sont donnés ci après, chaque ouvrage étant un cas particulier avec souvent des adaptations locales. Si vous disposez d‘éléments complémentaires, n’hésitez pas à les partager en utilisant les fils de discussion (menu à gauche de la page).
L'installation de base se présente sous la forme de radiateurs électriques en fonte dotés d'ailettes répartis dans l'ouvrage. Ces radiateurs sont de faible puissance unitaire et seuls certains locaux souterrains ou des blocs en étaient équipés et n'ont été multipliés plus largement qu'après connexion des ouvrages au réseau électrique arrière.
Radiateur électrique à ailette
A ces radiateurs se rajoutent parfois une ou plusieurs batteries électriques (résistance chauffante électrique) installées dans les gaines de ventilation de locaux comme le service médical ou l'infirmerie permettant de réchauffer l'air qui y est insufflé. Notons que la première batterie de ce type a été approuvée - "à titre d'exception" (sic) - en Juin 1932 pour l'
ouvrage de Sentzich , mais uniquement parce que la centrale électrogène de l'ouvrage disposait d'une marge suffisante en régime "air pur" et que les locaux à chauffer sont d'un volume limité.
Cette installation de base était en principe complétée par une batterie hydraulique insérée dans le circuit de gaines distribuant l'air au niveau du casernement et alimentée par l'eau chaude produite par les groupes électrogènes de l'usine électrique. Ce dispositif était destiné à permettre de limiter la montée en température de l'eau utilisée pour le refroidissement des moteurs diesel des groupes en échangeant une partie des calories produites avec l'air insufflé dans les locaux desservis par la gaine dans laquelle la batterie hydraulique était installée. En hiver, le débit de ventilation de l'ouvrage réchauffé par ce moyen était abaissé pour améliorer l'efficacité.
Ce système n'était toutefois mis en service qu'à partir du moment ou l'eau stockée dans les cuves de refroidissement atteignait une certaine température
1 et n'était utilisable qu'en cas de fonctionnement de l'usine, ce qui ne sera plus que l'exception après connexion des ouvrages à l'alimentation électrique par l'arrière.
Pour l'exemple, la puissance totale installée sous forme de radiateurs électriques dans l'
ouvrage du Galgenberg représentait un peu plus de 40 KW, ce qui est peu au regard du volume à traiter et des conditions liées au milieu. Cela devait simplement permettre de tempérer les locaux et de créer une simili barrière thermique au niveau des parements maçonnés limitant la condensation superficielle sur ces derniers.
Si la température des parois des locaux souterrains restait constante quelle que soit la saison, il n'en allait pas de même des parements des locaux des étages supérieurs des blocs de combats et des cuirassements dont la température variait fortement entre l'été et l'hiver. Pour éviter les phénomènes de condensation au niveau des tourelles, ces dernières étaient dotées de radiateurs électriques à ailettes disposés le long du fut pivot et à l’étage supérieur. Ces radiateurs étaient mis en service en hiver de manière à éviter que la température de l’acier de la tourelle ne soit inférieure au point de rosée de l’air intérieur du bloc, leur alimentation étant assurée grâce à une rallonge électrique souple reliant la tourelle à l’installation du bloc.
A l'instar de ce qui se fait dans les abris, l'installation en ouvrage d'une chaudière à vapeur fonctionnant au charbon qui alimentait une batterie assurant le réchauffage de l’air neuf aspiré à l’extérieur fut un temps considérée. Cette approche de chauffage très élégante et efficace - et au moindre coût - fut proposée par la Direction des Travaux du Génie de Metz-Ouest pour le projet de chauffage de novembre 1932 de l'
ouvrage d'Immerhof , et par extension, pour les autres ouvrages de la
DTF . Cette solution fut mise en œuvre à Immerhof mais mise de côté par la
STG (Section Technique du Génie) sur les autres ouvrages au motif de l'approche "tout électrique" qu'elle promouvait, et de la perspective du raccordement des ouvrages au réseau électrique civil. La STG voyait en outre d'un mauvais œil la nécessité de rajouter une source d'énergie (charbon) avec la complexité supplémentaire d'alimentation et de stockage que cela suppose.
Dans le sud-est où le besoin en chauffage des ouvrages dépendait fortement de l'altitude et de l'hydrogéologie environnante et les petits ouvrages du nord-est, le chauffage était souvent assuré par un système de chauffage central à circulation d’eau dont la chaudière était en général localisée au niveau de la cuisine de l'ouvrage pour bénéficier du conduit d'évacuation de gaz de combustion de la cuisinière, ou de l’entrée avec une évacuation directe à l’extérieur comme dans le cas de l’
ouvrage du Pas-du-Roc .
Chaudière à charbon - Ouvrage du Pas-du-Roc
Cette chaudière alimentait des radiateurs (à ailettes ou en fonte classique) et souvent une batterie de chauffage greffée sur l'entrée d'air de l'ouvrage.
Batterie de réchauffage de l'air neuf - Ouvrage du Sapey
Radiateurs à eau à ailettes - Ouvrage du Janus
Un peu avant guerre, les ouvrages de la
RFM (Région Fortifiée de Metz) furent raccordés au réseau civil par des liaisons moyenne tension enterrées et la puissance disponible augmenta nettement par rapport à celle fournie par le transformateur extérieur.
Cette manne permit l'installation dans les ouvrages raccordés d'un système de chauffage central à circulation d'eau alimenté par une chaudière électrique.
Photo ou document 109096 non trouvé Dans le cas de l’ouvrage du Galgenberg à Cattenom, la chaudière électrique installée avait une puissance de 123 KW.
Elle fonctionnait selon trois allures 40, 80 et 120 KW , la plus forte puissance étant utilisée en mode Chauffage été en conjonction avec l'installation de radiateurs à ailettes, toujours avec comme objectif premier de limiter la condensation dans l'ouvrage plus que de réchauffer effectivement les locaux. Cette installation desservait tous les locaux souterrains, incluant le casernement et les locaux au pied des blocs. Les tuyaux du réseau de chauffage n’étant pas isolés (travaux non terminés ?), les galeries étaient elles aussi chauffées par contre coup.
Dans l'ouvrage voisin de
Soetrich , un système prototype de chauffage central à circulation d'eau avait été installé à titre d'essai en Juin 1937. Ce système était alimenté par deux chaudières fonctionnant au fuel situées à l'étage inférieur de l'entrée hommes, les réservoirs étant placés sous le hall de déchargement des camions.
Au chapitre des essais, une expérimentation de chauffage par radiateurs électriques du
magasin à munitions M1 de l'
ouvrage de Rochonvillers avait été approuvée à l'été 1937 pour trouver une solution à l'exposition des munitions à l'humidité, et ce malgré les commentaires inquiets de la
STG (Section Technique du Génie) et du
SEMG (Service Électro-Mécanique du Génie ).
1 - Il ne faut pas tenir compte des aéro-refroidisseurs placés dans les entrées hommes de certains gros ouvrages (Galgenberg, Soetrich, Molvange..) ou dans les étages inférieurs des abris pour réserve locale qui fonctionnaient en échangeant les calories avec l'air extérieur. Ces équipements ne participaient pas au chauffage des locaux, l'air réchauffé par l'eau des moteurs étant prélevé et directement rejeté à l'extérieur du fait du risque présenté par les gaz de combat.