La 13° Légion de Garde Républicaine Mobile (LGRM) est créée le 1ᵉʳ avril 1939. (1) Ses effectifs se composent à la fois de nouvelles recrues et de gardes issus des pelotons de la 6° LGRM.
Son état-major est installé à la caserne Remicourt de Saint-Quentin (Aisne), tandis que ses pelotons sont déployés sur les secteurs fortifiés de Montmédy, de Maubeuge et sur le secteur défensif des Ardennes.
La 1° Cie de la 13° Légion est casernée à la caserne Courbet. Lors de la création de la légion, ses effectifs proviennent en grande partie de la 8° compagnie de la 6° LGRM. (1)
La compagnie, commandée par le Cne Louis VASSEUR, se compose de trois pelotons (2) :
PM 201 : Lt DELISLE
PM 203 : Lt LOMPRET
PM 205 : AC LAURIAT
Les pelotons de la 1° compagnie sont des pelotons montés à cheval. Chacun compte 40 sous-officiers (dont 1 adjudant et 3 maréchaux des logis-chefs) ainsi que 39 chevaux.
Les commandants de compagnie, qu’ils soient à pied ou à cheval, ne disposent pas de véhicule personnel et se déplacent à bord des camionnettes affectées à leur unité. (3)
Fort de Charlemont, PC de la 1° Cie de la 13° LGRM Le 24 août 1939, la 1° Cie , avec les pelotons PM 201 et PM 203, est constituée en unité et immédiatement envoyée en mission de surveillance sur le secteur frontalier de Givet. (2)
Le PM 205, quant à lui, est affecté à la garde du GQG de la IX° Armée à Vervins. Il ne rejoindra son dépôt d’Abbeville qu’en février 1940. (2)
1° Cie - Cne Louis VASSEUR
PC à la Citadelle de Givet
PM 201
Lt DELISLE - Givet (1)
Blockhaus Bb1 - ECLUSE NordPM 203
Lt LOMPRET – Cantonnement à Gespunsart (1)
Bb5 - MF4 - D - GESPUNSART
Bb5 - MF5 - E - ROGISSART
Bb5 - MF6 - H - ROLLIMPONT
Bb5 -MF7 - I - RUMEL
Maison Forte MF4 - D de GespunsartPM 205
Pour mémoire, cf. supra
La 1° Cie partage la surveillance des frontières du secteur défensif des Ardennes avec la 6° Cie de la 13° LGRM (Vouziers) et la 8° Cie de la 13° LGRM (Stenay). Cette mission s’effectue en coordination avec les compagnies de gardes-frontières et les pelotons de douaniers. (1)
À Givet, une compagnie de gardes-frontières est stationnée : elle regroupe 17 gradés et gardes issus de la GRM ainsi que 144 gardes-frontières. Par décision ministérielle du 22 novembre 1938, chaque compagnie de gardes-frontières est dotée d’une motocyclette destinée aux liaisons. (1)
À partir de septembre 1939, les troupes d’active prennent progressivement la relève des postes avancés. Les compagnies de gardes-frontières sont dissoutes le 1er février 1940, mais les pelotons de la 1° compagnie restent en poste jusqu’au 10 mai 1940.
Durant la « Drôle de Guerre », l’activité principale consiste en la surveillance aux postes-frontières et aux contrôles de circulation. Les consignes imposent que tout civil ou militaire circulant en avant de la ligne de fermeture présente ses papiers. En cas de laisser-passer, l’itinéraire indiqué doit être vérifié ; en cas de doute, l’individu est conduit au poste d’examen du secteur. Les postes-frontières disposent en outre d’une liste nominative des personnes autorisées à franchir la frontière. (5)
Dans les maisons fortes tenues par le PM 203, le service de garde s’organise par roulement. Outre ces positions, les gardes doivent également surveiller les petits postes adjacents, ainsi que les barricades et puits de mines. (5)
Une note de service du 30 décembre 1939 précise l’organisation de la garde (5):
En journée :
4 hommes par petit poste
5 hommes par fusil-mitrailleur (FM)
La nuit :
3 hommes par petit poste
4 hommes par FM
Une nouvelle note, datée du 7 janvier 1940, rend obligatoire la présence d’un gradé pour assurer la garde des maisons fortes. (5)
En cas d’alerte, les gardes pouvaient utiliser non seulement le réseau téléphonique, mais aussi des chiens de garde (note de service du 21 novembre 1939), ainsi que des pigeons voyageurs et un ensemble de fusées de signalisation.(5):
1 fusée avec 3 feux verts : nous sommes attaqués, la destruction joue
1 fusée avec 3 feux blancs : nous nous replions
6 feux verts : destruction a joué, demande de tir de barrage devant nous
Les dotations en fusées de signalisation, comme souvent sur la ligne de front, se révélèrent insuffisantes et durent être progressivement complétées au fil des mois, au bénéfice des postes les mieux pourvus.
La période fut marquée par une série d’alertes, entraînant un renforcement de la vigilance. Parmi elles, celles des 16 et 17 octobre 1939, puis celles des 13, 14 et 16 janvier 1940, provoquèrent même la fermeture de la frontière. (5)
Le 15 décembre, les missions des pelotons de la Garde Républicaine Mobile dans la zone des avants sont suspendues. Les unités de la GRM se replient alors vers la zone de l’intérieur, avec pour nouvelles missions le maintien de l’ordre dans la zone des armées et la zone d’étapes. (6)
Cependant, les pelotons de la 1° compagnie de la 13° LGRM, tout comme ceux des 6° et 8° compagnies, demeurent stationnés sur leurs positions au sein du Secteur Défensif des Ardennes (DAA). (7)
La réorganisation des légions de GRM en février 1940 n’entraîne pas de changement de stationnement des unités, mais uniquement une modification de leur numérotation. Ainsi, la 1° compagnie de la 13° LGRM devient la 7° compagnie de la 1° LGRM : (7)
Le PM 201 devient le PM 20/1
Le PM 203 devient le PM 21/1
Le PM 205 devient le PM 06/1
L’encadrement reste inchangé et le capitaine VASSEUR conserve le commandement de la compagnie.
En février, le PM 06/1 (ancien PM 205) quitte la garde du GQG de la IXᵉ Armée et rejoint le dépôt d’Abbeville afin d’être mis à disposition de la réserve d’armée. (2)
La compagnie est intégrée au 3° Groupe de la nouvelle 1° LGRM, sous les ordres du CB BARRIOT, chargé de la surveillance de la zone allant de Montmédy à l’ouest jusqu’à Hirson au nord. (8)
La 7° compagnie (ex-1°Cie 13°LGRM) conserve son stationnement sur la pointe de Givet, où elle bénéficie de l’appui d’une compagnie du 5° Bataillon de Douaniers. Ses effectifs sont répartis entre les anciens postes de surveillance et le poste d’examen de Givet. (7)
D’un point de vue tactique, la compagnie relève du général commandant le détachement de sûreté de Givet. (8)
Le 10 mai 1940, la mesure d’alerte n°3 transmise par la 102° DIF parvient à 6 h 30 au PC du 3° Groupe, installé à Charleville, puis est relayée aux différentes compagnies du groupement. La 7° compagnie (ex-1° Cie de la 13° LGRM) prend alors ses positions de combat. (8)
Les gardes mobiles stationnés à Givet accompagnent l’évacuation des habitants de la ville.
Les 10 et 11 mai se déroulent sans incident notable, permettant à la compagnie d’appliquer les consignes de fermeture de la frontière.
Le 12 mai, les éléments de cavalerie française déployés en Belgique se replient sur la tête de pont de Charleville et la rive droite de la Meuse. Les destructions des routes sont ordonnées, et la 7° compagnie exécute ses missions sous un violent bombardement allemand. (8)
Le 13 mai, les communications entre la compagnie et le commandant BARRIOT sont interrompues. Le Lt DELISLE chef du PM 20/1, parvient toutefois à maintenir une liaison avec le PC du groupement et rapporte que, malgré le bombardement, la compagnie tient encore ses positions. (8)
Le 14 mai, face à la pression de l’avancée allemande, la 7° compagnie se replie au nord de Rocroi, à Bruly (Belgique). À son arrivée, le CNE VASSEUR reçoit du CB BARRIOT l’ordre de fractionner sa compagnie en trois groupes, avec pour mission d’endiguer et d’arrêter le flot de militaires isolés qui se replient sans ordre. (8)
Le Cne VASSEUR se positionne à Chimay en Belgique, le lieutenant DELISLE à Mariëmbourg, et le lieutenant LOMPRET à Couvin. Le dispositif est opérationnel dès 15h le même jour. Cependant, la mission confiée à la 7° compagnie reste délicate et le résultat mitigé, en raison de l’afflux important de troupes de toutes unités se repliant de Belgique. (8)
Le 15 mai, le CB BARRIOT, présent aux côtés du capitaine VASSEUR à Chimay, constate que de nombreux militaires se sont repliés sans ordre. L’énergie des gardes permet néanmoins de reconstituer des groupes d’isolés renvoyés à l’avant, malgré l’absence d’officiers pour les encadrer. (8)
Chimay est bombardé le même jour par l’aviation allemande, mais sans faire de pertes parmi les gardes du Cne VASSEUR. Dans la soirée, celui-ci reçoit l’ordre de repositionner ses pelotons. La 7° compagnie doit se déployer au carrefour de Bellevue sur la RN39, au village de Leuze et au carrefour de Brunnehamel. Comme la veille, les gardes doivent arrêter les militaires se repliant sans ordre. Tous les pelotons atteignent leurs nouvelles positions à 22h.
Le 16 mai au matin, les éléments de la 7° compagnie entrent en contact avec des éléments blindés allemands en lisière de Lieuze. Les combats entraînent la capture de 7 gardes par l’ennemi. Le capitaine VASSEUR ordonne alors le repli vers Le Cateau.
Le repli de la 7° compagnie se déroule dans des conditions difficiles, marqué par des combats à Vervins le 17 mai puis au Cateau le 18 mai. Au cours de ces affrontements, le Cne VASSEUR est blessé à la cuisse droite par une balle de mitrailleuse et hospitalisé à Beauvais, tandis que les lieutenants DELISLE et LOMPRET, ainsi que six gardes mobiles, sont capturés. (2-4-8)
Les éléments restants de la compagnie se replient vers Abbeville à travers les bois. Le 20 mai, ils reçoivent l’ordre de se diriger sur Rouen, où ils rejoignent les unités restantes du 3° Groupe de la 1° LGRM. Ils participent à la défense de Rouen jusqu’au 9 juin, aux côtés de la 3° LGRM commandée par le Lt-Col BURTRY.(4-8)
Le 8 juin, le capitaine VASSEUR réintègre sa compagnie et reprend le commandement. Retraitant face à l’avancée allemande, la compagnie contribue notamment à la défense des ponts de Pont-de-l’Arche, où elle perd ses camions, détruits avec les ponts. Sa retraite, au cours des dernières semaines de combat en juin, passe par Lisieux, Domfront, Rennes, Nantes, Saintes et Marmande, où elle apprend la signature de l’armistice. (4-8)
Au total, 3 officiers et 21 gradés et gardes ont reçu des citations individuelles pour leur comportement durant la campagne de France. (2)
1) La Garde Républicaine Mobile, Michel MEISSNER, Terres Ardennaises, Hors Série Avril 2004
2) Rapport du Cba VASSEUR du 2 août 1941, SHD 34 N 11212
3) Besson (général), Encyclopédie de la gendarmerie, volume 2, SPE-Barthelemy, 2005
4) Rapport de l’AC DESSAINT du 5 août 1941, SHD 34 N 11212
5) Des balcons en fôret, Maisons fortes des Ardennes 1939-1940, Terres Ardennaises, Hors Série février 2001
6) Colloque - 26 octobre 2006 Université Paris IV – Sorbonne Aziz SAÏT https://www.force-publique.net/sources/Revues/FP02art/FP-02-01-Sait.html
7) Note du Gal ROTON du 03 février 1940 sur la réorganisation des GRM SHD 34 N 11212
8) JMO du 3° Groupe de la 1° LGRM, Cba BARRIOT du 20 juillet 1940 SHD 34 N 11212
Source photos concernant la ville de Givet en mai 1940 :
Remerciement à M. Loic LEFEVRE - Autrefois Givet
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Emmanuel HORNY