SERVEUR DE TEST

La défense de la forêt de la Hardt - Le PA du carrefour 248






Défendre le Rhin : (1)

Au lendemain de l’armistice de 1918, la France redéfinit la protection de ses frontières. Les commissions de défense du territoire (CDT - 1922) puis des frontières CDF - 1926-1931) jettent les bases de la ligne Maginot.
Le rapport de 1926, influencé par le traité de Locarno, privilégie une posture défensive tout en gardant une possibilité offensive. Trois régions fortifiées sont prévues : Metz-Longwy, la Lauter et la Haute-Alsace.

La défense du Rhin, axe de pénétration jugé critique, est étudiée dès 1926 sous forme de trois lignes successives. Mais les contraintes budgétaires limitent les moyens : dès 1928, seuls quelques crédits sont accordés. Grâce à l’initiative du Gal BOICHUT, gouverneur de Strasbourg, des casemates de berge et abris renforcés sont tout de même réalisés par le Génie de Strasbourg et Mulhouse, selon leurs propres modèles, malgré les réserves de la Commission d’organisation des régions fortifiées ( CORF ).


Dans les années 1930, la CORF reprend la main et concentre ses efforts sur les pénétrantes du Rhin, protégées par des groupes de casemates de taille variable, équipées de 6 à 28 hommes. En parallèle, elle développe des casemates de deuxième ligne, moins équipées et sans aménagement de vie complet.

Faute de crédits suffisants, le programme complet ne peut être mené à bien. Dès 1935, le haut commandement décide de poursuivre la construction des casemates et blockhaus avec de la main-d’œuvre militaire, donnant naissance aux blockhaus MOM .


KEMBS LOECHLE 1 - (Blockhaus pour arme infanterie) Blockhaus MOM KEMBS LOECHLE 1




Le secteur Fortifié de Mulhouse (2)

La valeur d’une fortification repose avant tout sur les hommes qui l’occupent. Au-delà des ouvrages, la défense des frontières françaises s’appuie sur l’organisation des troupes. Dès 1926, les Régions Fortifiées sont subdivisées en Secteurs Fortifiés , unités opérationnelles locales regroupant ouvrages, casemates et points d’appui, adaptés au terrain et aux axes d’invasion. Leur mission est de protéger les passages stratégiques, d’assurer la continuité des feux et de ralentir l’ennemi.


Le secteur fortifié de Mulhouse (SFMU, puis 105° DIF) couvre environ 30 km le long du Rhin, entre Blodelsheim (exclu) et Kembs (inclus). Il est encadré par le SF de Colmar au nord et celui d’ Altkirch au sud. Son dispositif s’appuie sur deux obstacles naturels majeurs : le Rhin et la forêt de la Hardt, en arrière de laquelle passe le canal du Rhône au Rhin. Plus à l’ouest, l’agglomération de Mulhouse constitue un nœud stratégique routier et ferroviaire, et la vallée mène au seuil de Belfort, axe d’invasion classique entre Vosges et Jura.


Le secteur fortifié de Mulhouse présente deux zones distinctes. Au nord, la défense est typique des rives du Rhin, organisée en trois lignes CORF successives comprenant casemates et abris. Au sud, elle se limite à une ligne continue de blocs Garchery le long du fleuve. En arrière, la lisière est de la forêt de la Hardt est couverte par une série de points d’appui dotés de coupoles, tandis que la forêt elle-même est renforcée à ses carrefours. Plus à l’ouest, le canal du Rhône au Rhin est protégé par des blockhaus aux écluses et par un point d’appui majeur sur l’île Napoléon, à l’entrée de Mulhouse. Enfin, plusieurs bretelles de blockhaus STG complètent le dispositif, dont la principale entre Sierentz et Brochritty.


Blockhaus GARCHERY - 7° Région Blockhaus GARCHERY - 7° Région



Le secteur est divisé en deux sous-secteurs : celui des Puits et celui de Schlierbach.

En temps de paix, le Secteur Fortifié de Mulhouse dépendait de la Région Fortifiée de Belfort et relevait du commandement du 171° Régiment d’Infanterie de Forteresse (RIF) . Formé le 25 août 1935 à Mulhouse, ce régiment reprend les traditions du 171° RI et intègre des éléments du 152° RI de Colmar. Il assure la couverture du Rhin de Saint-Louis à Colmar.


Insigne du 171° RIF Insigne de poitrine du 171° RIF, régiment du Haut-Rhin



Le réduit de la Forêt de la Hardt

D’abord commandé par le Col CHALIGNE, puis le Lcl THIERVOZ du 171° RIF, le secteur fortifié de Mulhouse est placé sous l’autorité du Gal CHALLE le 15 septembre 1939. Si les fortifications CORF et STG des années 1930 assurent la défense du Rhin, les arrières doivent être consolidés.
Le 16 septembre 1939, le Gal GEORGES ordonne au Gal GARCHERY de la 8° Armée la création d’un réduit inexpugnable en forêt de la Hardt.(16). Dès octobre 1939, le Gal CHALLE ordonne le début des travaux du réduit défensif de la forêt de la Hardt étudié au mois de septembre par le Col CHALIGNE (3-8)

L’idée directrice consiste à établir un barrage de feux le long de l’allée centrale de la forêt, structuré autour de deux types de fortifications.

Photo ou document 142687 non trouvé

Les points d’appui principaux, installés aux grands carrefours (Habsheim–Petit-Landau, Pont du Bouc, Grünhütte), assurent les tirs de flanquement et la protection de réseaux de barbelés. Entre eux, des points intermédiaires garantissent la continuité du feu.(8)

Photo ou document 142688 non trouvé

Une attention particulière est donnée à la défense antichar : aux carrefours majeurs, des obstacles constitués de rails verticaux dans la chaussée sont couverts par un canon de 25 mm , tandis que le Pont du Bouc et Grünhütte, où le terrain est favorable aux blindés, reçoivent des aménagements renforcés. Les carrefours secondaires, pour leur part, sont bloqués par des chevaux de frise et des mines antichars. L’ensemble des travaux est prévu en deux phases successives. (3)

Photo ou document 142716 non trouvé

Les travaux sont organisés en deux étapes. Dans un premier temps, les positions prévues pour les mitrailleuses de flanquement et les armes antichars seront bétonnées, tandis que les postes pour fusils-mitrailleurs (FM) et les abris seront aménagés sous forme d’ouvrages de campagne en rondins. Chaque point d’appui sera entouré de barbelés, pourvu d’un abri et relié par un réseau de tranchées. (3)

Par la suite, une seconde phase prévoit le remplacement progressif de ces installations de campagne par des fortifications permanentes en béton.



Le point d’Appui n°248

Description

Le point d’Appui n° 248 est un point d’appui intermédiaire représentant un carrefour de layons de la Forêt de la Hardt. La mission du PA 248 consiste à assurer la continuité de feu entre les points d’appui principaux.

Photo ou document 142683 non trouvé

Il est composé d'un blockhaus pour canon, de deux blockhaus d’infanterie de deux cuves pour mitrailleuses :

  • Le Blockhaus Canon 248- 4
    Mission d’interdiction de la route Nord-Sud allant du carrefour 243 au carrefour 252 Armement et descriptif


  • Le blockhaus infanterie 248-1
    Mission de flanquement antichar de la route venant de Kembs et assurer la couverture antichar du carrefour des chemins forestier, l’un venant de Kembs, le second venant de Bartenheim. Armement et descriptif


  • Le blockhaus infanterie 248-6
    Mission de flanquement antichar de la route venant de Kembs et assurer la couverture antichar du carrefour des chemins forestier, l’un venant de Kembs, le second venant de Sierentz Armement et descriptif


  • La cuve T493
    assurant la couverture des chemins Kembs-Schlierbach, l’allée centrale vers le Sud et le chemin vers Geispitzen. Armement et descriptif


  • La cuve T491
    assurant la couverture du chemin Kembs-Schlierbach, du carrefour et la défense arrière des blockhaus mitrailleuses 248-4 et 248-6 Armement et descriptif


Le dispositif est complété par les éléments suivants :

  • Des obstacles :

    • Un réseau barbelé encerclant la position

    • Des obstacles antichars, constitués, dans le cas du PA 248, de chevaux de frise et de mines antichars. Un premier dispositif de mines est placé à la limite de vue des casemates et l’autre à hauteur des barbelés.


  • Des organes passifs :

    • Un abri abritant une demi-section et son poste de commandement (PC)

    • Des organes de communication constitués par un réseau de tranchées et de boyaux reliant les différents éléments



Période de construction :

Les blockhaus furent construits d’octobre à décembre 1939 sous la direction du Cne GENET, commandant du Génie du Secteur fortifié de Mulhouse. La 230/1 compagnie de génie fournissait la main d’œuvre en complément des soldats du 10°RIF , 371°RI et 8° Bataillon de Mitrailleurs .
En janvier 1940, une grande partie du PA est achevé. (7)


Photo ou document 142684_photo non trouvé

Unités en stationnement :

De janvier à mai 1940, le PA 248 est occupé par une section d’infanterie, assurée selon les relèves par le III/10° RIF, le 371° RI et le 8° BA. (3)

À partir de juin, le PA 248 est intégré au secteur tenu par le I/171° RIF, commandé par le Cba PIROTAIS. Le sous-quartier de Sierentz, auquel appartient le PA 248, est défendu par la 1°compagnie de mitrailleuses du I/171° RIF, sous les ordres du capitaine Pierre DREYFUS-SCHMIDT. (6)



Historique du PA 248

D’août 1939 à mars 1940

Dès le 22 août 1939, les régiments d’infanterie de forteresse sont mis en alerte. Les éléments du 171° RIF occupent alors les blockhaus et casemates situés sur les berges du Rhin. (2)

L’alerte renforcée du 24 août et la mise en place du dispositif de sûreté entraînent le rappel des réservistes de l’échelon B. L’armée française se met progressivement sur le pied de guerre, créant de nouveaux régiments à partir d’unités existantes, renforcées par les mobilisés. Ainsi, le 1° bataillon du 171° RIF donne naissance au 10°RIF , complété par les réservistes du Centre Mobilisateur d’Infanterie d’Altkirch.(2)

Commandé par le Lcl THIERVOZ, le 10°RIF comprend trois bataillons et une Compagnie d’Équipage d’Ouvrage (CEO). Déployé sur le sous-secteur de Schlierbach, il installe son poste de commandement à Rixheim début septembre 1939. Le régiment assure la défense du secteur fortifié de Mulhouse, réparti en quatre quartiers.
Le secteur du PA 248 est intégré au quartier de Kembs, tenu par le III/10° RIF, sous le commandement du commandant Marius LIEUTAUD ancien de la 8° LGRM (9). Ce bataillon compte environ 800 hommes répartis en quatre compagnies. Il est appuyé par la batterie 1/316° RA du Lt RAYNAL, dotée de canons de 75 mm.

Insigne du 10° RIF Insigne du 10° RIF en Avril 1940 (Arthus-Bertrand)



En septembre, le PA 248 n’est pas encore opérationnel ; seuls certains ouvrages MOM, comme le poste de secours de Schlierbach et les blockhaus de Kembs, sont fonctionnels. Les premières semaines se déroulent dans le calme, sans activité offensive allemande notable. Les bataillons du 10° RIF prennent alors position et un 4° bataillon est créé. Le 16 septembre, le 8° Bataillon de Mitrailleurs vient renforcer leurs positions, suivi du 371° RI du Col BILLIERE, arrivé à partir du 10 octobre.(7)

Photo ou document 133586 non trouvé Photo ou document 133585 non trouvé
Soldats du 8° BM à Rixheim, 1939

Au mois de novembre 1939, le Gal GRENET, du génie de la 8°Armée, intervient auprès des unités stationnées dans la forêt de la Hardt afin d’optimiser la construction des blockhaus du réduit. Le premier bilan des travaux révèle en effet la nécessité d’améliorer l’efficacité et la maîtrise d’œuvre des ouvrages. (7)

Le front demeure calme et les troupes s’installent progressivement dans la « Drôle de Guerre ». L’hiver 1939-1940 est marqué par des activités essentiellement tournées vers la construction et le renforcement des défenses, la garde des lignes de résistance et des berges du Rhin, ainsi que les périodes de repos à l’arrière dans les localités de la région mulhousienne. La vie quotidienne des soldats reste morne, aggravée par les difficultés de l’intendance militaire à assurer un ravitaillement satisfaisant.

Pour y remédier, le commandement de la 8° Armée met en place dès novembre 1939 la tournée d’un « camion-bazar » destiné à procurer aux soldats divers objets de la vie courante, améliorant leur quotidien. Alimenté à tour de rôle par les unités du secteur, il proposait aussi bien des produits de l’intendance militaire que des marchandises achetées dans le commerce local. Cette initiative, coordonnée par l’intendance militaire installée à l’école des filles de Rixheim, reste toutefois limitée, le nombre de camions étant insuffisant pour répondre aux besoins.(10)

À partir de janvier 1940, une coopérative militaire est ouverte au carrefour des routes d’Habsheim et d’Ottmarsheim, afin d’élargir et de stabiliser cette offre destinée aux troupes. (10)

De mars à juin 1940

Le 16 mars 1939, l’organisation de la défense du Rhin est révisée : le secteur fortifié de Mulhouse est dissous et remplacé par la 105° DIF, placée sous le commandement du Gal DIDIO , qui dirigeait déjà le secteur fortifié de Mulhouse depuis le 18 janvier 1940. Cette réorganisation scinde l’ancien dispositif en deux sous-secteurs : (2)

  • Le sous-secteur du Puits (Nord), confié au 371° RI, comprenant les quartiers de Blodelsheim, Rumersheim et Ottmarsheim.

  • Le sous-secteur de Schlierbach (Sud), confié au 10° RIF et au 8° BM, comprenant les quartiers de Petit-Landau, Niffer et Kembs.


Le front reste globalement calme, hormis quelques combats aériens et une tentative de coup de main allemande sur Chalampé, le 27 mars 1940. Cette incursion met en évidence les faiblesses du dispositif français et la nécessité de renforcer les effectifs, comme le souligne le Col BILLIERE, commandant le 371° RI. Outre le manque d’hommes et de postes de surveillance, sa demande adressée le même jour au Gal DIDIO révèle plusieurs insuffisances matérielles : absence du système d’avertisseur Courtois, dotation insuffisante en armement, notamment en fusil-mitrailleur. (11)

Par ailleurs, les sous-secteurs du Puits et de Schlierbach ne disposaient chacun que de six pistolets mitrailleurs.(11)
Dans la nuit du 12 au 13 avril 1940, les troupes du secteur fortifié repoussent une nouvelle tentative allemande sur l’île de Kembs. Vers 1 h 50, une dizaine d’hommes traversent le Rhin et attaquent un poste français situé à la pointe nord de l’île de Kembs-Lœchlé. L’accrochage coûte la vie à un sergent français, fait plusieurs blessés et entraîne la capture de trois soldats. Le repli ennemi est perturbé par des sentinelles françaises mais le groupe parvient à regagner la rive allemande, laissant un tué sur place. Les prisonniers français sont cependant libérés lors de l’action.

À cette période, le PA 248 est partiellement achevé et confié à la garde d’une section d’infanterie d’environ soixante hommes, placée sous le commandement d’un lieutenant. Les soldats y sont affectés à tour de rôle, avec des rotations de relève, et proviennent du 10° RIF, du 8° BM et du 371° RI. Sous l’impulsion du Gal DIDIO la 105°DIF renforce ses positions et son organisation.(12)

Le sous-secteur de Schlierbach se compose notamment :


Photo ou document 13753 non trouvé

L’attaque allemande du 10 mai 1940 entraîne le passage à l’état d’alerte, mais le front du Rhin reste calme. Le 14 mai, l’artillerie française bombarde la rive allemande au petit matin, provoquant une riposte immédiate qui frappe durement le village de Sierentz. Ces échanges deviennent presque quotidiens, se répétant chaque nuit. Le 18 mai, la population de Schlierbach est évacuée.(13)

L’ambiance, au sein de la 8° Armée, est morose. Le Gal GARCHERY, malade, est remplacé par le général LAURE le 21 mai. Les mauvaises nouvelles de la percée allemande à Sedan et du repli des forces françaises conduisent à dégarnir le front de l’Est de ses troupes d’appui : la 19° DI, jusque-là rattachée au secteur, est envoyée en renfort sur la Somme. Le Gal DIDIO se retrouve sans réserve et doit désormais compter uniquement sur les unités de la 105° DIF en cas d’attaque. (14)

Le 31 mai 1940, une réorganisation divise le secteur de la 105° DIF en deux sous-secteurs :

  • Hirtzfelden (Nord), sous les ordres du 10° RIF, regroupant le III/10° RIF, le III/371° RI, le 7° BM et des éléments des CEO n°4 et n°5 ;

  • Le Puits (Sud), confié au 371° RI, avec les I et II/371° RI, les I et II/10° RIF et des éléments de la CEO n°5.
    Le Gal DIDIO s’insurge alors contre l’inachèvement des travaux défensifs, notamment à Hirtzfelden où, dans la cave de l’école prévue pour servir de poste de commandement, seul le radier avait été construit.


Une nouvelle réorganisation intervient le 7 juin 1940 afin de regrouper les régiments d’infanterie :
  • Le sous-secteur de Hirtzfelden (Nord), commandé par le 10° RIF, comprend les quartiers de Rheinfelderhof–Fessenheim, Roggenhouse–Blodelsheim et Rumersheim, avec le 10° RIF, le 8° BM et les CEO n°4 et n°5 ;

  • Le sous-secteur du Puits (Sud), commandé par le 371° RI, comprend les quartiers de Bantzenheim, Ottmarsheim et Petit-Landau, avec le 371° RI et le 7° BM.



Cette réorganisation entraîne la disparition de l’ancien sous-secteur de Schlierbach, désormais rattaché presque entièrement au secteur fortifié d’Altkirch, intégré au nouveau sous-secteur d’Uffheim tenu par le 171° RIF.
Le PA 248 se trouve dans le secteur tenu par le I/171°RIF du Cba PIROTAIS. Le sous-quartier de Sierentz qui intègre le PA248 est tenue par le 1°CM du 1/171°RIF du Cne Pierre DREYFUS SCHMIDT. (2-12-13)

Photo ou document 134979 non trouvé Photo ou document 134980 non trouvé
Le Cne Pierre Dreyfus-Schmidt sur les hauteurs de Sierentz.

Pendant ce temps, la situation des armées françaises dans le nord du pays s’effondre rapidement : le 9 juin, les panzers atteignent Rouen et la Seine. Le général Laure avertit alors le Gal DIDIO qu’une attaque allemande entre Bâle et Fribourg est désormais probable. Le 13 juin, le retrait des dernières troupes de couverture stationnées au nord-est sur la Ligne Maginot est ordonné, ne laissant en place que les régiments de forteresse.(14)


L’opération Kleiner Bär : l’invasion de l’Alsace

Dans la nuit du 14 au 15 juin, les Allemands déclenchent à 1h du matin un violent tir d’armes automatiques et de canons sur les berges tenues par le II/171. Dix minutes plus tard, leur artillerie déplace ses tirs vers l’est, le nord, l’ouest et le sud du village de Kembs ainsi que les points d’appui de la Forêt de la Hardt (5)

À 1h55, les postes tenus par le Slt DUBARRY sont encerclés par des troupes allemandes ayant traversé le Rhin. Le Cne JOUSSAUME ordonne alors à la section du Slt PASSETEMPS d’intervenir. (5)

À 3h45, le tir allemand se concentre sur la lisière ouest de Kembs. Les combats se poursuivent jusqu’à 4h15 du matin et les Allemands laisse 5 tués et trois prisonniers. (5)

Cette attaque n’était en réalité qu’une diversion, précédant une opération d’envergure qui devait se dérouler quelques heures plus tard dans le secteur fortifié de Colmar.

Au matin du 15 juin 1940, un brouillard recouvre partiellement le Rhin, mais peu après 9 h, l’artillerie allemande ouvre le feu sur les ouvrages de berge du sous-secteur de Dessenheim. L’attaque débute sur le secteur de Colmar, tenu par la 104° DIF du Gal COUSSE. Dépourvue d’artillerie et de troupes de couverture, à la suite du retrait des unités de soutien le 13 juin, la 104° DIF ne dispose que de 22 pièces d’artillerie face aux 400 déployées par la 7° Armée allemande du général Dollmann. (14)

La matinée du 15 juin sur le secteur de Kembs est marquée par des tirs de l’artillerie allemande. A 9h00 du matin le 171°RIF reçoit comme consigne de se préparer à évacuer sur les Vosges. La consternation s’établit au sein des soldats composé pour 70% d’Alsaciens qui se voit abandonner le terrain sur lesquels ils travaillent depuis des mois sans combattre.
Un contre ordre arrive en début d’après-midi annulant le mouvement de repli et ordonnant de se battre sur place. Cependant les nouvelles transmises le 15 juin au sein indiquer que les Allemands ont passé le Rhin dans la journée et dispose d’une tête de pont de 2 à 4 km sur le territoire français au soir du 15 juin. (15)

La journée du 16 juin se passe sans incidents notables. L’artillerie françaises du secteur effectuent de nombreux tiers sur la rive droite du Rhin. Les Allemands répondent sporadiquement. En effet ces derniers se concentre sur leur avancée dans la région de Colmar ou au soir du 16 juin leur tête de point se trouve face à Colmar. Le Gal LAURE ordonne le soir le le repli général des 105° et 104° DIF ainsi que des éléments du secteur fortifié d’Altkirch. (15)

L’ordre arrive le 17 juin à 10h au sein des unités du 171°RIF. Les unités n’étant pas en position sur le Rhin entameront leur repli tous de suite. Celle stationnées sur les berges à partir de la tombé de la nuit. Les soldats du PA 248 se replient en direction de Masevaux (15)

Photo ou document 142685 non trouvé

Le 171° RIF constitue le groupement Nord de repli, placé sous les ordres du Lcl DEMANGE, avec pour objectif les ballons d’Alsace et de Servance. Parti dans la nuit, il stationne dans la matinée à l’ouest de Mulhouse, dans le triangle Brunstatt – Lutterbach – Aspach-le-Bas. L’arrivée des Allemands de la 239° ID et du Groupement Mack entraîne la reprise du mouvement de repli dès l’après-midi afin d’éviter l’encerclement. Les I/171°RIF et III/171°RIF tente de freiner l’ennemi au pont d’Aspach et à Burnhaupt, où ils subissent des pertes. (6)

Le 19 juin 1940, les troupes du 171° RIF, repoussées par l’ennemi venant du nord-est et de l’ouest – Belfort étant tombé la veille sous l’assaut des blindés de la 1re Panzerdivision du Panzergruppe Guderian – livrent combat à l’entrée de la vallée de la Doller. Le I/171°RIF tient à Sentheim, le II/171°RIF à Masevaux, le III/171°RIF à Guewenheim, et le XXI/171°RIF à Morschwiller. Les bataillons I et III sont faits prisonniers presque en totalité, tandis que le XXI, très éprouvé, se replie sur Niederbruck. Quelques éléments isolés du III parviennent toutefois à se retirer sur Lauw. (6)

Le lendemain, 20 juin 1940, les rescapés du III/171°RIF et du XXI/171°RIF se regroupent au fond de la vallée de la Doller, à Sewen et Niederbruck, tandis que le II/171°RIF continue de se battre à Masevaux. Ce dernier est capturé dans la journée, avant que l’ennemi ne s’empare à son tour de Niederbruck. Sur la droite du dispositif, la chute du ballon d’Alsace entraîne un repli général vers le nord, en direction du Gresson, de Rimbach puis du Rouge-Gazon. (6)

Photo ou document 142686 non trouvé

Le 21 juin 1940, les débris du régiment – réduits à quelques centaines d’hommes – se regroupent dans le centre de résistance du Rouge-Gazon, occupant le périmètre Tête des Neufs Bois – Rouge-Gazon – Tête des Perches, aux côtés des restes du III/159° RAP, de la 105° DIF et du 28° RIF.

Enfin, le 26 juin 1940 à 8h, les survivants du régiment se replient, sur ordre, vers Urbès et Bussang, où ils déposent les armes à l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, avant de partir en captivité. (6)

Au total, les pertes du 171°RIF entre le 17 et le 26 juin 1940 sont estimées à environ 700 hommes (tués, blessés ou disparus). (6)






Notes et sources:

1) L'histoire de la ligne Maginot sur wikimaginot
2) Secteur Fortifié de Mulhouse sur wikimaginot
3) Instruction du 5 octobre 1939, Gal CHALLE SHD 33N129
4) État nominatif des officiers du 12 novembre 1939 du SFM, SHD 33N129
5) Rapport du Lcl DEMANDE du 15 juin 1940 SHD 33N130
6) Historique sommaire du SDA, SHD 33N130
7) Rapport du Lcl CHAPPARD du 17 octobre 1945, SHD 32N364
8) Rapport du Col CHALINGE du 23 janvier 1939 SHD 33N129
9) Etat nominatif des officiers du SFMU 12 novembre 1939, SHD 33N129
10) Note de Service du Gal CHALLE du 4 novembre 1939, SHD 33N129
11) Rapport du Col BILLIERE du 27 mars 1940, SHD 32N364
12) Secteur Fortifié d'Altkirch sur wikimaginot
13) Journal de Marche du Secteur Fortifié d'Altkirch, SHD 33N130
14) Offensive sur le Rhin, Roger Bruge Edition Fayard
15) Histoire succincte du SDA, SHD 33N130
16) Instruction Particulière n°6 du Gal GEORGES à la 8°Armée du 13 septembre 1939 NARA T84 R486






Rédaction :

Emmanuel HORNY




Secteur(s) concerné(s) :SFMU




Page n° 1001175 mise à jour le 06/10/2025 - © wikimaginot.eu 2025 / 2026




Cette page peut receler des erreurs, des inexactitudes ou être incomplète et Nous vous invitons à nous aider à l'améliorer en y participant.

Pour cela rien de plus simple: il vous suffit de cliquer sur Nous contacter au bas de cette page pour nous faire part de vos commentaires, suggestions, corrections ou informations et nous transmettre vos photos et documents.

Merci d'avance, la communauté wikimaginot.eu