En temps de paix, les ouvrages étant inoccupés, ce sont les Équipes mobiles Z qui sont chargées de s’assurer du bon fonctionnement des matériels de protection entreposés ou installés dans les ouvrages fortifiés.
Ces équipes composées de personnel issu du 22° Bataillon des Ouvriers d'Artillerie (BOA) et instruit à l’entrepôt de réserve générale d’Aubervilliers sont rattachées au service Z des parcs d’artillerie régionaux et fonctionnent sous le contrôle de l'inspecteur Z régional correspondant.
Leur personnel est prélevé sur les formations d’ouvriers d’artillerie et est normalement composé d'un sous-officier et deux canonniers. Dans certains cas, suivant le nombre et l’importance des ouvrages, la composition de ces équipes est réduite et ramenée à un sous-officier et un canonnier.
En temps de guerre, le personnel des équipes mobiles du temps de paix est reversé dans les batteries d'ouvrages dès la mobilisation. Les batteries d’artillerie d’ouvrage de formation comportent chacune autant d'équipes d'aides chimistes d’ouvrage qu’elle ont d’ouvrages à servir.
Cela ne s'applique pas au cas des ouvrages d’infanterie où le personnel Z relevait du régiment d’infanterie de forteresse occupant l'ouvrage.
Le service est réglé par le Chef du service de sécurité de l'ouvrage. Dans chaque unité de combat ou technique, l'application des mesures et des consignes est placée sous la responsabilité des chefs de ces unités (Commandants de bloc, commandants d'unités...) sous l'autorité du chef du service de sécurité.
La supervision technique des aides-chimistes et des moyens de détection et de désinfection de l'ouvrage est elle assurée par l'officier Z
Le chef du service de sécurité de l'ouvrage a sous sa responsabilité l’application des mesures concernant :
La défense contre l'incendie
La défense contre les gaz,
Les avaries concernant la maçonnerie et les entrées d'eau dans l'ouvrage
La désinfection du personnel et du matériel aux entrées et à l’intérieur de l'ouvrage avec le service de santé
Du fonctionnement du réseau d’alerte avec le service transmissions (génie)
Du fonctionnement des équipements Z comme la ventilation avec le service électromécanique ou les filtres avec l'officier Z et l'officier M1 pour leur réapprovisionnement.
Dans les ouvrages d'artillerie, les aspects techniques et scientifiques relatifs à la défense contre les gaz de relèvent de officier Z, chimiste de formation.
A cet officier est adjoint soit un officier-chimiste, soit un canonnier aide-chimiste (cas le plus fréquent).
La détection des gaz de combat est assurée par les équipes de détection, composées d' éclaireurs guetteurs Zayant reçu dès le temps de paix une instruction pratique et théorique axée sur la détection physiologique des gaz de combat
Ces unités sont spécialisées dans la détection des gaz de combat, chaque équipe a une composition qui varie en fonction des détecteurs divers appelés à être utilisés.
Les éclaireurs guetteurs Z sont positionnés en binôme à proximité des prises d'air de l'ouvrage et des entrées, ces dernières servant de prise d'air en temps normal.
Les équipes de désinfection sont chargées de la désinfection du personnel et du matériel. Ces équipes sont constituées à la diligence du commandant de l’ouvrage à l’aide du personnel d’infanterie et d’artillerie issu de l'équipage de l’ouvrage.
La détection des gaz consiste à déceler la présence de gaz toxique au niveau des prises d'air de l'ouvrage.
La détection des gaz de combat était assurée :
Par les équipes éclaireurs guetteurs Z
Par l’exploitation des renseignements provenant de sources diverses
Par les détecteurs d’alarme
Les équipes de guetteurs éclaireurs Z sont formées à la détection des gaz sur la base de l'observation et de leurs effets physiologiques, en particulier :
L'odorat : la plupart des gaz de combat connus possèdent une odeur caractéristique.
La vue : nuages, vagues de gouttelettes, panaches spécifiques, passages d'avion...
L’ouïe : au cours d’émission de vagues le sifflement de départ du gaz peut être perçu. D’autre part, en cas de bombardement, le bruit est lui aussi souvent caractéristique, l’explosion d’un obus à gaz étant différente de celle d’un obus ordinaire.
Les renseignements sont un élément important de la détection en ce sens qu'ils proviennent soit des observatoires ou blocs de l'ouvrage et complètent les observations faites au niveau des entrées, soit d'éléments voisins, prolongeant ainsi la zone de détection et permettant d'anticiper une attaque par agent chimique.
Les renseignements sont reçus par le PC d’ouvrage et retransmis à l’officier Z qui les communique selon le besoin aux équipes de détection.
Un détecteur d’alarme est prévu à l’intérieur de l'ouvrage au niveau de chaque prise d’air. Il permet par l'utilisation de réactifs chimiques de vérifier si l’air extérieur qui le traverse contient ou non des gaz toxiques, confirmant ou infirmant ainsi les indications fournies par les guetteurs.
Fort Casso - Détecteur d'alarme Chaque ouvrage de quelque importance est doté d’un réseau spécial permettant la transmission de l’alerte aux gaz avec un appareil émetteur-récepteur à chaque entrée et au PC (officier Z) et un appareil récepteur dans l’usine, la chambre de neutralisation et dans chaque bloc.
Ces appareils d’une part avertissant par un signal sonore de tout changement de situation des blocs d’entrée des hommes et d’entrée de munitions par rapport aux gaz de combat et, d’autre part, donnent par un signal lumineux indique constamment que l’appareil est alimenté et par conséquent en état de fonctionnement.
En cas de suspicion d'utilisation de gaz, les guetteurs éclaireurs ou le PC alertaient simultanément l'officier Z, les sapeurs chargés du fonctionnement de la salle de neutralisation, l'usine électrique et les blocs de combat par l’intermédiaire du système d'alerte au gaz.
Système d'alerte au gazLa désinfection regroupe la décontamination du personnel et des équipements et les premiers soins donnés au gazés.
En cas d'atteinte du personnel par des gaz de combat, il est nécessaire dans un premier temps de décontaminer le personnel touché, d'éviter la diffusion d'agents toxiques à l’intérieur des ouvrages et ensuite de prodiguer les premiers soins aux gazés.
La décontamination du personnel est prévue par un ensemble de locaux adaptés comprenant un sas de déshabillage avec un dépôt pour les vêtements et effets contaminés, une douche où un produit comme de la soude caustique en solution peut être injectée dans l'eau afin de permettre un décapage efficace de l'épiderme et ensuite un local de rhabillage où le personnel perçoit des effets propres avant d'aller, le cas échéant, à l'infirmerie pour y recevoir les soins appropriés.
Dans un premier temps, ce type de locaux n'ont été réalisés qu'au niveau des douches des casernement des ouvrages, et, en 1936, la décision est prise de doter les entrées d'un ensemble de locaux afin de traiter le personnel atteint provenant de l’extérieur avant de les faire traverser la partie arrière d, évitant ainsi le risque de contamination des locaux et galeries traversés entre les entrées et l'infirmerie(1).
La désinfection est effectuée par les équipes de désinfection en collaboration avec le personnel de l'infirmerie. Les premiers soins sont donnés à l'infirmerie par le service de santé de l'ouvrage et le personnel contaminé renvoyé vers un hôpital si son état le nécessite.
Dans les petits ouvrages dépourvus de locaux dédiés à la désinfection, celle-ci est faite de manière beaucoup plus 'artisanale', les gazés étant envoyés sur le poste de secours le plus proche pour y être traités.
Elle est effectuée suivant les règles habituelles en la matière, mais le traitement au chlorure de chaux pouvant provoquer la vaporisation des gouttelettes d’ypérite et par le jeu même de la ventilation, l’entraînement de ces vapeurs dans l’ouvrage, il est prescrit d’éviter d’effectuer cette désinfection à l’intérieur de l’ouvrage.
Tout le personnel est muni de vêtements spéciaux et dispose de pulvérisateurs et de produits neutralisants et désinfectants (chlorure de chaux, sulfures/polysulfures alcalins, eau de javel, etc.)
Au delà des gaz de combat dont la zone d'action est l'extérieur de l'ouvrage et dont il convient d'éviter l'introduction dans les ouvrages, le monoxyde de carbone émis par le fonctionnement des armes ou la combustion des cuisinières et chaudières dans les petits ouvrages constitue un risque majeur à l'intérieur des locaux de la fortification.
Dans les ouvrages, la suppression rejetant les gaz résultant des tirs vers l'extérieur permet de s’affranchir en temps normal du risque présenté par ces derniers, mais le risque est bien réel en cas de défaillance du système de ventilation de l'ouvrage ou du bloc.
Des consignes claires sont données pour s'en prémunir et tous les hommes sont équipés d'un masque à gaz ANP 31 (Appareil Normal de Protection modèle 1931) doté de bidons filtreurs type CO 33 ou plus tard de cartouches standard mle 35 (?) et d'une cartouche complémentaire CO 39 permettant la filtration du monoxyde de carbone. Le suffixe CO indique pour ces cartouches leur capacité à filtrer le monoxyde, ce qui n'est nécessaire qu'en milieu confiné.
Le matériel utilisé pour la détection des gaz, leur neutralisation et la désinfection du personnel et du matériel comprend essentiellement :
Bidons filtreurs CO Mle 1933,
Cartouches mle 35 avec cartouches filtrantes additionnelles CO 39
Appareils isolants, ( Fenzy mle 36 , Granger PM 40 , Mandet-Commeinhes MC 39
Boîtes filtrantes à grand débit ( Filtres SP 36 ),
Matériel de pulvérisation,
Matériel de désinfection,
Vêtements spéciaux.
Ouvrage du Simserhof - Chambre de neutralisation Instruction provisoire sur le service dans les ouvrages - Partie 1 - Temps de guerre
Note sur la protection contre les gaz dans les ouvrages fortifiés du 9 avril 1936
Notices générales relatives au fonctionnement et à l’entretien des installations des ouvrages de régions fortifiées approuvées par DM n°6708 2/4 S du 10 juillet 1937.
Guerredesgaz.fr
SCHOEN Antoine (initiale) - LAMBERT Pascal