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46° Groupe de Reconnaissance de Région fortifiée

(46° GRRF)






Origine :

Le 46° Groupe de Reconnaissance de Région Fortifiée (GRRF) est mis sur pied de guerre le 25 août 1939. Il est constitué à partir du 3° Régiment de Hussards, alors dissous et en garnison au Quartier Baratier de Strasbourg, ainsi que du Centre de Mobilisation de la Cavalerie (CMC) n°20 de Wissembourg-Obernai. (1)


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Les groupes de reconnaissance étaient des unités de cavalerie françaises rattachées soit aux divisions d’infanterie (GRDI), soit aux groupes d’armées (GRCA), afin d’assurer leurs missions d’éclairage et de renseignement.

Affecté à la Région Fortifiée de la Lauter , le 46°GRRF forme, avec le 45°GRRF et le 44°GRRF (rattaché à la Région fortifiée de Metz), l’ensemble des trois groupes de reconnaissance spécifiquement affectés aux régions fortifiées.


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Les missions confiées au Groupe de Reconnaissance se divisent en quatre objectifs :


  • la recherche du renseignement,

  • la prise de contact avec l’ennemi,

  • la sûreté,

  • le renforcement.


Le 46° GRRF est une unité de type « normal ». Il se compose : (2)


  • d'un escadron hippomobile (à cheval),

4 pelotons de cavalerie
1 groupe de commandement (4 cavaliers)
1 groupe de reconnaissance (6 cavaliers)
2 groupes de fusiliers à cheval (13 cavaliers, 1 LMG, 1 lance grenades)
1 peloton de mitrailleuses et engins
1 groupe de mitrailleuses (2 MMG hippomobiles)
1 mortier de 60 hippomobile
1 groupe antichar de 2 canons de 25 AT hippomobiles


  • un escadron de motocyclistes,

  • 1 peloton de commandement (2 side-cars, 1 mortier de 60, 6 camions, 2 voitures, 40 hommes)
    4 pelotons motocyclistes
    1 groupe de commandement (6 hommes, 1 lance grenades, 3 side-cars)
    2 groupes de combat (10 hommes, 2 LMG, 1 lance grenades, 5 side-cars)


  • un escadron de mitrailleuses et d’engins,

  • 2 pelotons de 4 MMG
    un groupe de 2 canons de 25 AT hippomobiles


  • un escadron de commandant et l'escadron hors rang associé à ce dernier


  • Le 46° GRDI rassemble un effectif de plus de 600 hommes, comprenant des officiers, sous-officiers et hommes de troupe issus de l’armée d’active, des réservistes du 3° Régiment de Hussards, ainsi que de gardes mobiles.


    Son effectif se répartit entre: (3)


    • 91 officiers et sous-officiers

    • 594 hommes de troupes


    Destiné à seconder des divisions de type A, le 46° GRDI dispose des moyens matériels suivants :


    • 276 chevaux

    • 67 véhicules de liaison, camions et camionnettes

    • 99 motos solos ou side-cars



    Son armement se compose de :


    • 2 mortiers de 60

    • 4 canons de 25 AT

    • 10 MMG et 24 LMG

    • 20 lances grenades VB



    Encadrement :(3)

    Etat-major et peloton de commandement :


    • Chef de Corps : Cba DEGATIER

    • Officier adjoint : Cne JEANTET


    Escadron à cheval :


    • Cdt escadron : Lt GUYON de MONTLIVAUT


    Escadron motocycliste et AMD


    • Cdt escadron : Cne ROUVILLOIS


    Escadron de mitrailleuses et canons AC


    • Cdt escadron : Cne du MESNIL


    Escadron Hors Rang (EHR)


    • Cdt escadron : Cne BERTON


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    Cba DEGATIER en 1939 - Lt GUYON de MONTLIVAUT, Niederbronn 1939, Collection Alain ALVAREZ


    Août 1939 – mai 1940

    Au lendemain de sa création, l’échelon A du 46°GRRF composé des troupes d’actives issues du 3° Hussards, se déploie dans le nord de l’Alsace, sur une ligne allant de Wissembourg à Lauterbourg.

    Il vient renforcer les gardes des 11° et 3° compagnies de la 4° Légion de Garde Républicaine Mobile (LGRM), avec pour mission de tenir la frontière et d’établir un dispositif de barrage. Les échelons B du groupe se forment à Griesheim et rejoignent, au cours des jours suivants, le 46° GRRF.(4)

    Le 12 septembre 1939, le 46° GRDI reçoit comme mission de rejoindre un groupement de combat aux ordres du Lt-Col PUCCINELI, Commandant du 158° RI, stationné sur une ligne s’étendant de la crête des Marronniers, au nord-ouest de Wissembourg, jusqu’à Altenstadt inclus. (4)

    Ce groupe intègrent l’ensemble du 158° RI , un bataillon de mitrailleurs à 3 Cie du 79° RIF, ainsi que les gardes mobiles des PM 537 et 539 de la 11° Cie de la 4° LGRM. (5)

    Au cours du mois de septembre 1939, le 46° GRDI effectue diverses patrouilles et actions d’embuscade, notamment dans les nuits du 5 au 6 et du 6 au 7 septembre, avec pour mission de faire des prisonniers.

    Ces opérations sont menées en coopération avec des éléments de la 2° Cie du 3° Régiment de Tirailleurs Marocains (RTM). (5)


    Le 29 septembre le 46° GRDI relève les pelotons de gardes mobiles de la 4° LGRM des postes fortifiés tenus sur la frontière : (5)



    Le mois de septembre marque également les premières pertes humaines pour le 46° GRDI : (6)


    • Le cavalier Edouard René JULICH, le 24/09/1939

    • Le Brigadier-Chef Emile POURREAU, le 24/091939

    • Le Cavalier Joseph WOHLFROM, le 27/09/1939


    En octobre 1939, le 46°GRDI est affecté au Secteur fortifié des Vosges, qui a alors récupéré le sous-secteur de Langensoultzbach. En mars 1940, le secteur fortifié est dissous, et le 46° GRDI est intégré au 43° Corps d’Armée de Forteresse (CAF), commandé par le Gal LESCANNE. (8-9)


    Mai - juin 1940

    Le 10 mai 1940, l’invasion de la Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg amène les troupes du 43°Corps d’Armée de Forteresse (CAF) à se mettre en alerte. Du 10 au 12 mai, les postes-frontières sont testés par l’ennemi. (7)

    Le 46° GRDI est placé, du 10 au 25 mai, en réserve d’armée, stationnant à Zinswiller et Reichshoffen. (7)

    Le 26 mai, il forme, avec le 26° GRDI, le groupe de reconnaissance B du 43° CAF, sous les ordres du Col JOURDAIN. (7)

    Le 2 juin, le 46° GRRF est attaché au Secteur Fortifié du Rohrbach et placé en réserve générale.

    Compte tenu de la détérioration de la situation sur la Somme et dans l’Aisne, le 8° Corps d’Armée est déplacé vers l’ouest, entraînant le rattachement tactique du secteur fortifié de Rohrbach au 43° CAF.

    En raison de cet élargissement de couverture, le 43° CAF cède la supervision du secteur fortifié des Vosges au commandant de la 30° division d’infanterie alpine.


    Chacun des deux sous-secteurs du secteur fortifié des Vosges ne comprend plus que deux quartiers : (8-9)


    • Bannstein et Neunhoffen pour le sous-secteur Philippsbourg (154° RIF),

    • Windstein et Sauer pour le sous-secteur Langensoultzbach (165° RIF).


    Parallèlement, le commandement envisage la constitution d’un groupement en réserve du 43° CAF, sous les ordres du Col CODECHEVRE, dont la mission serait de constituer une réserve antichar face à l’ouest.

    Le 7 juin, le 46° GRDI intègre le Groupement CODECHEVRE avec le 26° GRDI. La mission de ce groupement consiste à parer à une éventuelle menace sur le front de la Sarre. (7)

    Le groupement se stationne à Butten, Rahling et Thal. Le 12 juin, le 46° GRDI, avec le Groupement CODECHEVRE, participe à l’organisation d’une bretelle derrière le secteur fortifié de la Sarre, entre Domfessel et Bitche, destinée à bloquer une éventuelle percée vers Saverne. (7)

    Le 13 juin, l’ordre de repli est donné aux armées du nord-est. Le 46° GRDI reçoit pour mission de couvrir la retraite des troupes d’intervalles, conjointement avec les éléments du 26° GRDI. Le 14 juin, le 26° et le 46° GRDI décrochent. (7)

    Le 46° GRDI reçoit l’ordre de se rendre à Rambervillers, où, le 16 juin à 12 h, il rejoint les éléments du 51° régiment et du Groupe de Reconnaissance (GR) de la 30° DIA, avec lesquels il formera un groupement de combat.

    Ces unités sont placées sous le commandement du Lt-Col PICHON, commandant du 24° GRCA, chargé de tenir les passages de la Moselle, de Charmes (exclu) à Épinal (exclu), face à l’ouest. (10)


    Le 46° GRDI est chargé d’assurer la défense du secteur de Portieux, avec pour mission d’organiser la protection du village et des ponts sur la Moselle, et notamment :


    • Empêcher toute infiltration venant de Moriville. Pour ce faire, une barricade est établie à 800 m à l’est de Portieux, sur la route de Portieux à Moriville. Cette barricade est tenue par le 1er groupe de mon peloton, appuyé par une pièce de 75 du 168° RAP.

    • Interdire le franchissement de la Moselle et toute infiltration en provenance de Châtel, en un point particulièrement difficile, situé environ à 1 km en amont du pont de Portieux. (11)


    D’autres éléments du 46°GRDI sont envoyés en patrouille vers Colombey-les-Belles afin de reconnaître les positions ennemies. Le peloton de l’Aspirant LA ROULANDIE se heurte, lors de sa progression, aux colonnes en retraite des 21° et 42° CA. (10)

    Les éléments restés à Portieux organisent leurs défenses, notamment par la mise en place de barricades sur les routes de Moriville et de Châtel, appuyées par l’artillerie du 168° RAP par quelques chars du 11° bataillon.

    Le lendemain, les positions sont consolidées, tandis que les troupes font face à un afflux de fuyards et attendent les renforts du 90°Bataillon de Chasseurs à Pied. (10-11)

    Le 18 juin 1940, un projet de contre-attaque des troupes françaises, ordonné par le Gal PRETALAT prévoyait que le 46°GRDI intervienne contre les forces allemandes venant de Langres et Gray.

    Les patrouilles se dirigent vers le sud-est pour entrer en contact avec l’ennemi. Cependant, avant le départ des différentes reconnaissances, le Gal CONDE annule cette contre-offensive.

    Le Lt-Col PICHON maintient néanmoins son ordre de reconnaissance, et le 46°GRDI se rend pour explorer la direction de Neufchâteau. (10)

    Depuis son PC situé à Hattigny-les-Verrières, le Lt-Col PICHON reçoit les rapports de ses pelotons, l’informant de la présence de troupes allemandes à Montigny-le-Roi.

    Face à l’avancée allemande, l’ensemble des GRDI, dont le 46°GRDI, reçoit l’ordre de se mettre en mouvement en fin d’après-midi en direction d’Épinal. Le groupe motorisé rejoint la colonne dans la nuit du 18 au 19 juin.

    Le 46° GRDI s’installe alors en défense entre Épinal et Archette, tandis que l’escadron à cheval du Lt GUYON de MONTLIVAUT prend position pour défendre Pourcieux. (10)


    Les derniers combats de l’escadron à cheval : Les Combats de Portieux des 19 et 20 juin 1940 (11) :


    Vers 10 h du matin, les troupes allemandes sont signalées en approche de Portieux. Le général HUBERT ordonne la résistance sur place malgré la demande de retraite du Cdt DOUCET de la place de Charmes.

    Durant l’après-midi, un bataillon du 90°BCP vient renforcer les positions tenues par les éléments du 46° GRDI.

    Un premier bombardement aérien commence à 14 h, ciblant la route entre Portieux et Moriville, encombrée par les troupes en retraite.

    À 16 h, les Allemands atteignent le pont de Portieux et capturent trois hommes du 2°peloton de l’escadron, postés à une barricade à Vinay, qui parviendront à se dégager dans la soirée.

    Un deuxième bombardement aérien débute à 17 h 30, ciblant les positions tenues par les deux groupes de combat de l’escadron à cheval.

    Le cavalier DURAND est tué et le cavalier RIVOLI est blessé.

    À partir de 18 h, l’infanterie allemande tente de traverser la Moselle, tout en martelant les positions françaises par leurs tirs.

    Jusqu’à 20 h, les combats restent intenses de part et d’autre de la Moselle, mais les assauts allemands sont repoussés.


    La nuit du 19 au 20 juin est calme. Au matin, les Allemands attaquent de nouveau à Vinay. Un char allemand est détruit près du pont de Portieux par une pièce antichar française, tandis que le char du Slt ARNAUD inflige de lourdes pertes à l’ennemi. Vers 10 h, les Allemands bombardent la région, notamment le carrefour de Charmes–Châtel–Portieux–Moriville, causant des dégâts matériels.

    Après un violent bombardement aérien et d’artillerie, Châtel est en flammes. Une reconnaissance confirme l’étendue des destructions mais aucun changement stratégique.

    Vers 16 h, un nouveau bombardement aérien touche Portieux : plus de 50 bombes provoquent de nombreuses pertes humaines parmi les troupes françaises en repli. À 18 h, les Allemands traversent la Moselle entre Portieux et Châtel. Une contre-attaque française est organisée ; Mdl DIDIER s’y distingue par son sang-froid.

    Mais la situation se dégrade : Charmes tombe vers 18 h, sa garnison se replie vers Portieux et arrive à 22 h 30.

    Un conseil de guerre, présidé par le Col De REVIERS de MAUNY du 51° RIC, décide le repli vers Moriville–Rambervillers.
    Le repli débute, mais le 2° peloton est encerclé et fait prisonnier. Les unités restantes se rassemblent avec leur matériel. Les artilleurs détruisent leurs pièces, sauf une laissée en couverture.

    Dans la nuit, le 3° peloton se perd et sera capturé à Moriville.

    Vers 2 h 30 du matin, le reste de l’escadron (commandement, 1° peloton, mitrailleuses, canons, mortiers) se remet en marche. En chemin, ils apprennent que les Allemands occupent déjà Moriville.

    Une reconnaissance conduite par le Lt GOETZ essuie le feu ennemi. L’escadron s’abrite près d’une maison, sous intense tir de mitrailleuses et d’obus de 37. Le Lt SYLVESTRE est tué.

    Le colonel De REVIERS de MAUNY, ordonne de contourner Moriville par le sud. Un char français est détruit, son chef, le Slt POUZIN est tué. L’escadron poursuit à pied à travers un terrain marécageux, entre en contact rapproché avec les Allemands, mais constate que l’infanterie ne suit plus.

    Vers 5 h du matin, le groupe de mortiers (Lt SITTER) et une escouade de FM restent en arrière pour fixer l’ennemi, tandis que le reste se replie vers Rambervillers. Les Allemands attaquent en masse, chantant et tirant avec des mitraillettes et de l’artillerie.

    Les Français, à court de munitions, résistent avec armes automatiques et mousquetons. Le Lt SITTER est blessé, le Slt DUPONT du 1° Peloton de l'Escadron à Cheval du 46°GRDI prend le commandement. Rapidement encerclés, les survivants subissent de lourdes pertes.

    Vers 9 h, les Allemands ramassent morts et blessés. Des coups de feu isolés et cris se font entendre. À 10 h, les Allemands annoncent en français la signature de l’armistice et invitent à la reddition. Vers 11 h, les derniers éléments de l’escadron à cheval du 46°GRDI tente de fuir vers un bois mais sont capturés par les Allemands.


    La défense d’Epinal : (10)

    Dans la journée du 18 juin, des éléments de la 6°Panzerdivision avaient déjà mené un raid dans le quartier de la Gare.

    Les éléments motorisés du 46°GRDI rejoignent la zone dans la nuit du 18 au 19 juin.

    Le Cba DEGATIER arrivé dans la soirée du 18 juin, installe son PC à la mairie d’Épinal.

    L’escadron hors-rang, avec sa trentaine de véhicules, se positionne en périphérie de la ville, à proximité du Fort Adelphe, et un poste de secours est ouvert.

    Le Cne ROUVILLOIS, de l’escadron motocycliste, est envoyé en liaison au bureau de la place et prend pleinement conscience de la situation difficile dans laquelle le 46° GRDI s’est installé.

    « La tenue infâme de la majorité des hommes que je rencontre en ville — débraillés et ivres —, l’absence de tout élément de défense sur les ponts non sautés », écrit-il dans son rapport, « me prouvent que le commandant d’armes ne maîtrise absolument pas les forces dont il dispose et qu’il est incapable d’assurer la défense de la ville. »

    Le Gal FOURNIER, ainsi que « les éléments dont il dispose », ont quitté la ville au premier obus tombé sur celle-ci. Dans la nuit, à l’approche du jour, l’escadron Rouvillois s’organise dans les immeubles bordant la Moselle.

    Le Cne ROUVILLOIS tient sous son feu la passerelle du Cours, tandis que le pont de la Bibliothèque est confié aux pelotons des Lt JANSOU et RAYMOND.

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    Les hommes de Rouvillois percent des créneaux dans le mur ouest du parc de la Préfecture pour renforcer leur défense.
    Le Cne Le MESNIL s’installe au nord et confie la défense du pont de Pierre au Slt VANDECASTEELE, tandis que le peloton des Aspirants La ROULANDIE et du Lt BARJOU prend position en aval.

    Vers 4 h du matin, à la levée du jour, le brigadier-chef BOULEY et les cavaliers MALGRAS et FARON posent des mines antichars sur le pont de Pierre.

    Le Cne ROUVILLOIS estime alors que la mise en place de son escadron est pratiquement achevée.
    Faisant preuve d’un moral exemplaire, il écrit :
    « Il y a huit jours, nous avons promis un insigne spécial à tout homme qui détruirait un char ; le moment va probablement venir. »

    Vers 6 h, le Cne ROUVILLOIS indique que quelques véhicules chenillés s’arrêtent à la hauteur du pont de la Bibliothèque, et les fantassins qu’ils transportent sautent à terre.

    Depuis le parc de la Préfecture, le canon de 25 mm du Mdl NOBLET ouvre le feu, bientôt appuyé par les mitrailleuses d’accompagnement. Deux véhicules s’embrasent, et sept à huit hommes sont mis hors de combat, note le Cne ROUVILLOIS.

    Un char allemand SKODA LTvz 35 tente alors de s’approcher du quai, mais, sous les tirs du canon de NOBLET, il pivote sur place après une brève riposte de son 37 mm de tourelle, puis se replie derrière un pâté de maisons.

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    Dix minutes plus tard, un autre Panzer — peut-être le même — descend prudemment la rue Léopold-Bourg et s’arrête devant la maison Peiffer, sur le quai Boyé. Son canon de 37 mm tire cinq ou six projectiles.

    Le blindé traverse le quai et s’engage sur le pont. En position à l’entrée du lycée, le canon de 25 mm du Mdl SCHILLE prend le char pour cible. Trois tirs à courte distance suffisent : le Panzer est immobilisé et commence à brûler.

    L’Oberfeldwebel KRYSSMANN, horriblement mutilé à un bras, sort de la tourelle en aidant le conducteur ROHLEDER. Le sous-officier DROGE est tué, mais le Gefreiter PINKE grièvement blessé, parvient à se traîner jusqu’à une cave où les brancardiers le découvrent six heures plus tard.

    Lorsque les munitions du char commencent à exploser, elles transmettent le feu au magasin Peiffer, et l’incendie se propage bientôt à l’ensemble de l’immeuble.

    Dans la gare, où il a installé son poste de commandement avancé, l’Oberst von ESEBECK est surpris par la vigueur de son adversaire. Ses premiers messages radio au PC de la 6° Panzerdivision témoignent des difficultés rencontrées. Depuis la destruction du char de KRYSSMANN, les Allemands semblent avoir renoncé à franchir le pont de Pierre.

    Les chars allemands changent alors de tactique : au lieu d’avancer pour tenter le passage, ils s’approchent du bout de la rue, progressent d’un ou deux mètres, tirent brutalement cinq ou six coups sur un objectif repéré, puis reculent et disparaissent.

    Les premiers incendies éclatent dans les immeubles occupés par les cavaliers, notamment à la Caisse d’Épargne et au Crédit Lyonnais.

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    On entend les explosions sourdes des mortiers et les rafales d’armes automatiques, dont l’intensité ne cesse de croître.
    Pour l’escadron Rouvillois, la situation devient critique : depuis la destruction du canon de Noblet, un Panzer IV, sur le blindage duquel ricochent les balles, tire à bout portant sur les créneaux du parc de la Préfecture. Mitrailleuses Hotchkiss contre Panzer IV — le duel est trop inégal…

    La première mitrailleuse se tait ; les blessés sont évacués vers le poste de secours. La troisième mitrailleuse tire ses dernières bandes avec économie, puis son servant, MALLEVAL s’effondre, tué net.

    Le Cne ROUVILLOIS parcourt le parc à grandes enjambées, s’arrêtant à peine lorsqu’un obus éclate tout près. « Il a la baraka », disent ses hommes. On remarque qu’au moment où le Lt JANSON est blessé, le Cne ROUVILLOIS est projeté au sol… sans la moindre égratignure.

    Au poste de commandement de la mairie d’Épinal, le Cba DEGATIER est amer : le feu de l’escadron ROUVILLOIS faiblit, aucun renfort ne lui est envoyé, et la relève prévue n’aura jamais lieu.

    « Ma dernière mitrailleuse est servie par un volontaire, le maréchal des logis ADAM », rapporte le Cne ROUVILLOIS.

    Mais l’ennemi a désormais pris pied sur la rive droite de la Moselle, au sud de la Préfecture…

    Au cours de ces combats, le Gal FOURNIER réapparaît au PC du Cba DEGATIER et lui promet un renfort d’artillerie, qu’il demandera au 155° RAP, mais celui-ci n’arrivera jamais.

    Sans s’être concertés, le Cne ROUVILLOIS et son supérieur le Cba DAGATIER aboutissent à la même conclusion : il est impossible de tenir plus longtemps les berges de la Moselle à travers Épinal. Trop de morts, trop de blessés, trop d’armes détruites, et la certitude de ne pas être relevés… un décrochage s’impose. L’escadron ROUVILLOIS est talonné par l’ennemi.

    Sous la protection d’un mince rideau défensif, qui brûle ses dernières cartouches, les pelotons du 46° GRDI évacuent la zone des quais, désormais en flammes.

    L’escadron Hors-Rang parvient à rejoindre le 12° CA à Mon Repos. Il reçoit l’ordre de cesser le combat, donné par le Gal Du BUISSON, et détruit son armement et son matériel le 22 juin 1940.

    L’escadron motocycliste se replie sur Arches le 20 juin 1940, suivant le sort des armées françaises encerclées dans les Vosges.

    Issu du 3° régiment de hussards et ayant conservé tout au long de la campagne l’esprit propre à cette arme, le 46° GRDI sut, dans les heures les plus critiques des combats retardateurs, se déployer avec bravoure pour contenir l’ennemi et couvrir le repli des autres régiments.

    Animé d’un courage et d’un moral dignes de ses aînés, le 46° GRDI prendra sa revanche le 23 novembre 1944, lorsque le capitaine ROUVILLOIS, devenu lieutenant-colonel du 12° Cuirassiers de la 2° DB, conduira son régiment pour être le premier à pénétrer dans Strasbourg.



    Notes et sources:


    1) Mémorial des groupes de reconnaissance 1939-1940 (Union nationale de la Cavalerie, de l’arme blindée et des chars, 1956).
    2) http://www.atf40.fr/
    3) http://grca.free.fr/
    4) 1939-40 Combats sur la Ligne Maginot, Société d’Histoire et d’Archéologie du Ried Annuaire 1991
    5) Rapport du Capitaine Ventrillard, ex-commandant de la 11e compagnie de la 4e légion de la GRM, sur l’emploi de cette unité (1939-1940), 23 août 1941, SHD-DAT, 34 N 1121
    6) https://www.memorialgenweb.org/
    7) Guerre 1939-1945. Les grandes unités françaises : historiques succincts - T.5, pochette de cartes
    8) Ligne Maginot - Secteur Fortifié de Rohrbach
    9) Ligne Maginot - Secteur Fortifié des Vosges
    10) Les Combattants du 18 juin Tome 2, Roger BRUGE Edition Fayard
    11) Rapport du Slt DUPONT du 1er PM de l’Escadron à Cheval


    Rédaction :

    Emmanuel HORNY




    Secteur(s) concerné(s) :SFH SFV SFR




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