La création d’une force spécialisée dans le maintien de l’ordre intérieur a régulièrement retenu l’attention des gouvernements français. Après la dissolution en mars 1885 du dernier bataillon de gendarmerie mobile — héritier de la Légion créée en 1871 —, cette mission fut confiée à l’armée.
Cependant, après la 1ère Guerre mondiale, la réduction des effectifs militaires, liée aux évolutions du service militaire, conjuguée à une montée des tensions sociales et à l’essor de la criminalité, a mis en lumière les limites de l’armée régulière face aux troubles civils. Cette situation a souligné la nécessité de créer une force intermédiaire, mieux adaptée aux missions de sécurité intérieure.
En 1921, le sénateur LEBERT exprimait l’inquiétude des parlementaires quant à l’implication directe de l’armée dans le maintien de l’ordre. Il alertait sur le risque de détourner l’institution militaire de sa mission principale, tout en soulignant le danger que représente l’engagement de jeunes soldats, souvent peu formés et insuffisamment préparés à gérer des manifestations sans provoquer d’escalade.
Dans ce contexte, et 36 ans après la dissolution du dernier bataillon mobile de gendarmerie, la Chambre des députés adopte, le 22 juillet 1921, une loi visant à renforcer la gendarmerie. Celle-ci prévoit l’octroi de crédits supplémentaires — plus de 15 millions de francs — et la création d’un état-major spécifique, amorçant ainsi la reconstruction d’une force dédiée au maintien de l’ordre.
Cette innovation fut préparée en interne à la gendarmerie par le colonel Joseph Plique (1866-1949) qui fut le premier directeur de la gendarmerie.
Cette loi prévoyait la création de 111 pelotons, dont les trois quarts à cheval, déployés progressivement entre 1921 et 1923. Ces unités, placées sous l’autorité du ministre de la Guerre, restaient rattachées à la gendarmerie départementale.
Le décret du 18 mai 1922 et l’instruction du 9 septembre 1922 officialisèrent la naissance des pelotons mobiles de gendarmerie (PMG). Leur mission principale était le maintien de l’ordre, mais ils intervenaient également en renfort de la gendarmerie départementale, assuraient des fonctions de formation, et remplissaient des missions militaires. À l’origine, l’unité reposait sur 8 pelotons à pied et 9 à cheval.
L'idée sous-jacente est de donner une structure de commandement stable à la GRM, d'élargir son rôle et de donner aux unités une réelle capacité opérationnelle.
Malgré les mesures incitatives, le programme connut des retards : seuls 31 pelotons étaient opérationnels en juillet 1923, 37 en mars 1925, et 44 début 1927.
Lorsqu’ils étaient employés de manière isolée par les unités de gendarmerie départementale auxquelles ils étaient rattachés, les pelotons mobiles remplissaient efficacement leurs missions. En revanche, leur regroupement en formations plus importantes, déployés en dehors de leurs zones de cantonnement mit en lumière un manque de cohésion, principalement dû à l’absence d’une hiérarchie propre et structurée. Cette faiblesse fut particulièrement évidente lors des troubles survenus à Dunkerque en 1926. (1)
La même année, l’ensemble des pelotons mobiles de gendarmerie est réuni sous l’appellation de Garde Républicaine Mobile, conformément au décret du 10 septembre 1926, qui rattache les crédits nécessaires à leur entretien au budget du ministère de l’Intérieur.
À partir de septembre 1926, afin de résoudre les problèmes de commandement rencontrés lors de l’intervention simultanée de plusieurs pelotons, leur supervision est confiée au gouverneur de la région militaire où ils sont stationnés. Ce dernier est alors chargé d’organiser leur encadrement hiérarchique, comme stipulé dans la circulaire du 2 septembre 1926.
Les unités de garde républicaine mobile furent intégrées par la loi du 13 juillet 1927 dans l'organisation générale de l'armée et participèrent en temps de paix au service de la préparation militaire, au service de garnison et à l'instruction des troupes ; en temps de guerre à l'encadrement des formations mobilisées. Elles devaient, au cours des hostilités, être complétées par l'incorporation de gardes auxiliaires choisis dans les classes âgées parmi les citoyens présentant les garanties morales indispensable (2).
Les lois des 13 et 16 juillet 1927, ainsi que leurs décrets d’application de septembre 1927, transforment l’organisation des pelotons de GRM. Ses pelotons sont désormais regroupés en légions autonomes, chacune dotée de sa propre hiérarchie et indépendante de la gendarmerie départementale. Cette réorganisation marque la création d’une nouvelle subdivision de la gendarmerie, placée sous l’autorité du ministre de la Guerre.
La 1° légion était installé provisoirement à Paris (Bastion 14, boulevard Davout), regroupait les formations militaires de la capitale et de plusieurs corps d'armée. Elle était structurée en quatre groupes, assurant ainsi une meilleure organisation et un contrôle plus efficace du maintien de l'ordre :
Paris (Paris, Melun, Beauvais, Gravelines)
Nancy (Nancy, Strasbourg, Baccarat, Bruyères)
Metz (Bar-le-Duc, Lérouville, Metz, Verdun)
Un deuxième groupe en attente, fut créé ultérieurement par dédoublement du premier.
La 2° légion fut installée à Joué-lès-Tours, couvrant plusieurs régions militaires et également divisée en quatre groupes :
Nantes (Tours, Ancenis, Nantes, Vitré, Brest)
Rouen (Le Havre, Falaise, Cherbourg)
Limoges (Limoges, Périgueux, Mérignac)
Un deuxième groupe en attente, activé en fonction des effectifs.
La circulaire du 21 octobre 1927 confirme la composition et la structure de la GRM. Dorénavant intégrées dans l'organisation générale de l'armée, les unités de GRM participent en temps de paix au service de la préparation militaire, au service de garnison et à l'instruction des troupes et entrent dans la catégorie des unités d'active constituées dès le temps de paix.
L'idée sous-jacente est de donner une structure de commandement stable à la GRM, d'élargir son rôle et de donner aux unités une réelle capacité opérationnelle.
La loi du 31 mars 1928 relative au recrutement de l'armée modifie l'effectif de la GRM qui passe à 15 000 hommes.
En juin 1929, les pelotons de GRM réalisent leur première intervention notable en intervenant à Limoges. 150 gardes interviennent pour dégager la maison d’arrêt assiégée par 3 à 4000 manifestants. 70 pelotons furent également déployés la même année pour encadrer les grèves de l’industrie textile d’Halluin. (1)
L’année 1929 est surtout marqué par le « Jeudi rouge » du 1er août ou 2000 gardes mobiles de 50 pelotons s’opposent avec succès au parti communiste descendu dans les rues.
En 1930, l'instruction sur le maintien de l'ordre (1er août 1930) fixe la doctrine et les modalités d'intervention et de maintien de l'ordre, qui reste la mission première des GRM en temps de paix.
Le 14 juillet de la même année, la GRM se voit attribuer un drapeau et un étendard décorés de la croix de la Légion d’honneur. (1).
Le 15 mai 1933, le groupe spécial de la Garde Républicaine est créé et est rattaché à la 1° LGRM. Constitué de deux compagnies de chars et d'une compagnie d'automitrailleuses, le groupe, doté de matériels anciens, fut surtout utilisé pour la formation au combat blindé des personnels de la Gendarmerie et de l'Armée de Terre. Il participait également aux missions habituelles de la Garde Républicaine Mobile et notamment aux opérations de maintien de l'ordre et de police de la route.
En 1935, une circulaire parue au Bulletin Officiel en juin, portant sur l'organisation et l'instruction de la GRM, voit ses missions évoluer afin de les préparer aux missions du temps de guerre.
Le décret du 24 octobre 1935 modifie l'effectif de la GRM, qu'il fait passer de 15 000 à 20 000 hommes. Il institue aussi des mesures pour favoriser et accélérer la construction de logements pour les cadres de la GRM. Ces deux mesures sont confirmées par la loi du 30 juin 1936.
Les légions de la Garde républicaine mobile font preuve de leur savoir-faire lors de la journée du 6 février 1936. Cinquante-deux pelotons sont déployés à cette occasion. Ils seront également mobilisés lors de toutes les grandes grèves des années 1930.
De 1927 à 1940, les effectifs de la GRM évoluent grandement et celle-ci passe de 7 légions, 26 groupes et 84 compagnies en 1932 à 14 légions, 54 groupes et 167 compagnies en 1939, certaines compagnies comptant plus de trois pelotons.
A cette même date, elle compte 285 pelotons à pied, 156 pelotons à cheval et 51 pelotons motocyclistes. (2)
Les pelotons sont numérotés dans l'ordre de leur création et leur numéro est pair pour les pelotons à pied et impair pour les pelotons à cheval ou motorisés, ce qui explique le saut d'un numéro entre chaque peloton d'une compagnie, celle-ci étant en général composée soit de pelotons à pied, soit de pelotons à cheval ou motorisés.
Ils sont regroupés par trois ou quatre au sein d'une compagnie correspondant à un secteur fortifié.
En 1936, les légions de Gardes Républicaines Mobiles sont implantées sur l’ensemble du territoire nationale.
Document 140201 non trouvé ou invalide
La période de 1937 à 1938 voit la création de 3 nouvelles légions :
12° Légion – Etat-major à Toulouse
13°Légion- Etat major à Saint Quentin
14° Légion- Etat major à Drancy
Des groupes de Garde Républicaine sont également créés en Afrique du Nord.
Début septembre 1939, la Garde Républicaine Mobile comptait un effectif de 23 000 hommes. Elle était alors structurée en 14 légions, elles-mêmes divisées en 54 groupes, 167 compagnies et un total de 492 pelotons composés de :
285 pelotons à pied
156 pelotons à cheval
51 pelotons motocyclistes
Cette organisation lui permettait de remplir efficacement ses missions dans un contexte marqué par les tensions grandissantes à l’approche de la Seconde Guerre mondiale.
Lors de sa mise sur pied en 1921, la Garde républicaine mobile (GRM) est constituée uniquement de pelotons. La loi prévoyait 111 pelotons, dont 24 en région parisienne et 87 en province. Les pelotons sont désignés comme à pied ou à cheval selon leur dotation en montures. Ils sont commandés par un officier du grade de lieutenant ou de sous-lieutenant et sont stationnés dans les chefs-lieux de département ou dans les grands centres. Chaque peloton comprend quarante hommes, gradés compris, et est divisé en quatre brigades de dix hommes dirigés par un gradé.
L'uniforme est standardisé : une vareuse en drap bleu-gendarme avec plusieurs poches et des grenades en argent sur le collet. Le képi des officiers se distingue par des galons et soutaches en argent, des grenades brodées et un nœud hongrois variant selon le grade. Les couleurs évoluent, avec la disparition du bleu ciel et du bleu foncé au profit du bleu gendarme, tandis que le rouge est conservé uniquement pour certaines doublures. Les accessoires en cuir (jambières, brodequins, ceinturons, baudriers) sont en cuir fauve.
L'armement est modernisé avec l'adoption du pistolet automatique Star ou Ruby et du mousqueton modèle 1892 M. 1916, remplaçant les armes plus anciennes. Le casque Adrian modèle 1915, de couleur bleu foncé avec une grenade nickelée, est adopté par tout le personnel. Les galons de grade sont précisés avec des distinctions en argent ou en or, combinées à de la soie rouge selon le rang.
Les principes d'action de la GRM sont définis par l'Instruction Confidentielle sur le Maintien de l'Ordre du 1er août 1930. L'article 1er souligne la complexité de l'action de la gendarmerie, qui doit faire preuve de fermeté tout en conservant une grande souplesse dans son application. Il insiste sur la discipline, le sens du devoir et la responsabilité des troupes.
L'instruction générale devait permettre aux gardes d'acquérir de bonnes notions d'écriture, d'orthographe et de rédaction (1). L'instruction militaire, spécifique à l'arme, avait pour but d'inculquer aux jeunes gendarmes les devoirs et les responsabilités dans l'exercice de leur mission de protection des citoyens et de leurs biens, complétée par l'étude des connaissances nécessaires à la rédaction des procès-verbaux simples.
Une éducation physique par la pratique quotidienne d'exercices physiques ainsi qu'une solide instruction équestre complétaient cette formation. Outre le maintien de l'ordre et l'instruction, les gendarmes des pelotons mobiles étaient détachés en renfort près des brigades départementales et placés pour ce service sous les ordres des commandants de brigades ou du commandant d'arrondissement.
Outre le maintien de l'ordre qu'ils devaient assurer sur un point quelconque du territoire, leur rôle était de renforcer le service ordinaire et extraordinaire des brigades départementales et de constituer des écoles d'instruction pour les nouveaux admis.
Comme des écoles de perfectionnement, il revenait aux commandants de ces unités de dispenser une solide instruction militaire ainsi qu'une très sérieuse instruction générale à leurs gendarmes.
Les personnels de la GRM se recrutent parmi les militaires et les anciens militaires. L'école d'application de la Gendarmerie, installée à Versailles, forme les officiers admis sur concours et selon les besoins d’encadrement ; l'école est ouverte aux officiers-élèves capitaines et lieutenants des corps de troupe et aux gradés de l'Arme en qualité d'élèves-officiers.
Après avoir satisfait aux conditions morales les autres candidats sont soumis à un examen. Une fois admis ils sont incorporés dans des pelotons de GRM. A l'issue d'une formation de 6 mois et s'ils totalisent le nombre de points requis, les candidats sont titularisés, prêtent serment puis sont affectés en unité.
Qu'elle soit militaire, spéciale (service de la gendarmerie) élémentaire, physique, l'instruction est dispensée de façon intensive (à la résidence et en déplacement) en vue de former parmi les gradés et gardes, des cadres pour les sections ou pelotons d'unités combattantes (3)
Une légion, sous le commandement d'un colonel, regroupe 4 groupes, chacun commandé par un chef d'escadron. Chaque groupe comprend 3 compagnies, dirigées par un capitaine, et chaque compagnie est composée de 3 pelotons à pied ou à cheval.
Le peloton, commandé par un sous-lieutenant ou un adjudant-chef, suit une numérotation spécifique : les pelotons à pied portent un numéro pair et les pelotons à cheval un numéro impair.
Chaque peloton à cheval comprend 40 sous-officiers, dont 1 adjudant et 3 maréchaux des logis-chefs, ainsi que 39 chevaux. Son transport repose sur une camionnette bâchée, remplacée par un car aménagé entre 1937 et 1938. Les commandants de compagnie, à pied comme à cheval, ne disposent pas de véhicule personnel et se déplacent avec les camionnettes de leur unité.
Lors de la création des pelotons de la GRM, 4 à 8 gardes d'encadrement étaient issus des pelotons mobiles, de la gendarmerie départementale ou des écoles de gendarmerie nouvellement créées.
Le peloton à pied comprend :
1 garde secrétaire
2 automobilistes
1 infirmier
2 trompettes
4 cyclistes
Le peloton à cheval, en revanche, ne compte pas de cyclistes mais inclut :
2 maréchaux-ferrants
1 aide maréchal-ferrant
Aux débuts de la GRM, l'armement est le suivant:
Militaires à pied : pistolet automatique (Star ou Ruby), mousqueton d'artillerie modèle 1892 modifié 1916 avec sabre-baïonnette (pour élèves gardes, gardes et maréchaux des logis-chefs) ; sabre d'adjudant d'infanterie modèle 1845 (pour adjudants et adjudants-chefs).
Militaires à cheval : mousqueton d'artillerie modèle 1892 modifié 1916 avec sabre-baïonnette, pistolet automatique (Star ou Ruby), sabre de cavalerie légère modèle 1822.
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, l'armement comprend :
Fusil-mitrailleur FM 24/29
Fusil de dotation : mousqueton Lebel modèle 1892 ou 1892 M16, calibre 8 mm
Pistolet modèle 1892, calibre 8 mm (sous licence Colt ou Smith & Wesson)
Sabre de cavalerie modèle 1822
Grenades
Casque Adrian modèle 1915, peint en bleu foncé et orné d'une grenade en maillechort nickelé (décision du 10 février 1921), remplacée par une grenade en laiton selon la circulaire du 7 février 1927.
La loi du 22 juillet 1921 entraînait, outre la création des pelotons, le logement de ces derniers, soit environ 5 000 gendarmes à héberger. Toutefois, leur installation se heurte à plusieurs obstacles : une grave crise du logement, un budget insuffisant, et des tensions administratives entre les ministères concernés et les collectivités locales.
L’armée utilise dans un premier temps les casernes libérées par la dissolution de certains régiments, mais ces disponibilités s’avèrent rapidement insuffisantes. À partir de 1924, l’état-major réclame des crédits pour construire et aménager de nouveaux casernements, notamment à Lille et Arras.
Cependant, la crise du logement qui frappe la France dans les années 1920 complique ces efforts. Plusieurs municipalités revendiquent l’usage des anciennes casernes pour héberger les sans-abris, provoquant des litiges avec l’administration. Ces conflits conduisent à l’adoption de la loi du 21 avril 1926, qui encadre juridiquement les cessions et réaffectations de bâtiments militaires.
Les retards dans la construction de logements pour la gendarmerie mobile affectent directement le maintien de l’ordre. Le ministre de l’Intérieur demande alors une hausse des effectifs, et en 1926, une partie du budget de la gendarmerie mobile est transférée à son ministère. Le reste demeure sous tutelle du ministère de la Guerre.
Face aux limites budgétaires, l’État explore des solutions alternatives, notamment des prêts de la Caisse des dépôts, mais ceux-ci ne suffisent pas. En 1931-1932, 242 casernements sont achevés, mais 123 restent encore à financer. Pour accélérer le programme sans alourdir les finances publiques, le Parlement autorise en 1933 la participation des collectivités locales.
La loi de finances du 31 mai 1933 instaure un cadre juridique permettant au ministère de la Guerre de signer des baux de 30 ans avec des collectivités ou organismes privés. Cette mesure vise à échelonner le financement des constructions, mais sa complexité en limite l’efficacité.
Pour alléger les charges, l’État modifie en 1934 l’article 144 afin d’assumer les frais d’entretien des casernements. Un décret-loi de 1935 autorise en outre les paiements échelonnés sur plusieurs exercices. Malgré ces efforts, le rythme de construction reste en décalage avec l’augmentation des effectifs.
En 1936, le programme national des grands travaux débloque de nouveaux crédits, et en 1937, le Parlement intervient pour financer partiellement les projets non pris en charge localement. Pourtant, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, une part importante des casernements n’est toujours pas achevée. Le déclenchement du conflit interrompt définitivement les travaux, les effectifs étant réaffectés aux unités combattantes.
Caserne de Revigny 8°Cie et 9°Cie de la 7° LGRMA la différence des casernements de sûreté de la ligne Maginot les casernes des pelotons frontières sont situées en avant de la position fortifiée et donc appelées à être évacuées en cas de conflit.
L’architecture est globalement identique à celle des casernements de sûreté de la ligne Maginot et l'on y retrouve la répartition entre bâtiments construits en maçonnerie et bâtiments métalliques préfabriqués. (4)
Le quartier Cambours de Sélestat constitue un exemple représentatif des nouveaux casernements de la gendarmerie mobile. Construit entre septembre 1935 et mars 1937, il accueille la 14° compagnie de la 4° légion.
Chaque logement y est particulièrement bien équipé pour l’époque : eau courante à l’évier, chauffage central individuel avec chaudière à charbon dans la cuisine, WC privatifs — un luxe rare dans les casernes de cette période. Les occupants disposent en outre d’un grenier, d’une cave et d’un jardin potager.
Le quartier comprend également des équipements collectifs : un bâtiment de douches accessible aux gardes et à leurs familles, ainsi qu’une buanderie-séchoir située à l’actuelle entrée de la rue de l’Ortenbourg.
Les municipalités accueillent généralement favorablement ces unités. À Sélestat, la ville témoigne de son attachement en offrant un fanion à la 14e compagnie, remis officiellement les 20 et 21 novembre 1937, en même temps que celui du III/172e RIF. (5)
Bien que la GRM ne soit pas initialement une troupe de manœuvre et de combat, son organisation est de nature militaire et dépend du ministère de la Défense nationale et de la Guerre. Outre sa mission de maintien de l’ordre, la GRM reçoit comme mission dans le cadre d’un conflit :
D’occuper des postes avancés en cas d’attaques brusquées de l’ennemi
De patrouiller le long de la frontière et d’assurer la surveillance et le contrôle des ouvriers civils employés dans la construction de la Ligne Maginot.
À la fin de l’année 1935, un réseau permanent de surveillance de la frontière est mis en place sur décision ministérielle, à la demande du gouverneur militaire de Metz. Dès 1936, un vaste programme de construction de casernes, de postes fortifiés et de maisons fortes est lancé le long des frontières du Nord-Est. Ce déploiement est complété en 1937 avec la réalisation d’installations plus structurées.
Les postes fortifiés, appelés « postes avancés », ont pour mission principale de surveiller les mouvements sur les axes routiers qu’ils contrôlent et de permettre, en cas d’attaque, l’activation à distance des charges explosives placées sur des points de destruction préalablement planifiés. De configuration généralement standardisée, ces postes se composent d’un abri en béton donnant accès à un blockhaus équipé de créneaux pour fusil-mitrailleur (FM).
Entre Ottange et Sturzelbronn, plus de 80 postes avancés sont édifiés par la Direction des Travaux du Génie de Metz. Certains d’entre eux sont implantés autour de Bouzonville. Ces postes, conçus pour accueillir un effectif de huit gardes et un officier, comportent un casernement prolongé par deux blockhaus équipés de créneaux FM. Les unités de la Garde Républicaine Mobile (GRM), affectées par roulement de sept jours, disposent également d’une moto ou d’un side-car pour leurs déplacements et patrouilles.
Maison Forte de SCHLEITHAL Est En complément des postes avancés, des maisons fortes sont également mises en service par des équipages de la GRM, notamment dans le secteur défensif des Ardennes et au nord du secteur fortifié de Haguenau.
Le rez-de-chaussée de ces maisons se présente sous la forme d’un blockhaus en béton, intégrant des créneaux de tir pour au moins deux fusils-mitrailleurs, et parfois un canon antichar. Le premier étage, quant à lui, est réservé au casernement de l’équipage. Ces maisons fortes sont généralement occupées par un effectif moyen de cinq hommes et un sous-officier.
A la suite de la crise de 1936, la création des pelotons frontière est actée par une décision du 22 juillet 1937, avec une numérotation supérieure à 500. Ces pelotons, dits "motorisés", sont tous équipés de sidecars « Gnome-Rhône, Bernardet 1935 ou René Gillet G1 » suivant les pelotons.
Ces pelotons sont regroupés en compagnies de trois ou quatre, correspondant chacune à un secteur fortifié. Leur mission est d’alerter, de tenir sous le feu les obstacles, et de mettre à feu les moyens de retardement pour permettre l'armement des ouvrages fortifiés. Installés au plus près de la frontière, ces pelotons deviennent ainsi les avant-postes de la ligne Maginot et arborent son insigne. (3)
En 1939, la Garde républicaine mobile compte 21 000 hommes répartis en 14 légions, 54 groupes, 167 compagnies et 492 pelotons. Face à la menace d’un nouveau conflit et en raison de son statut militaire, elle élargit ses missions pour contribuer à la défense nationale.
Trois principales missions seront données à la garde républicaine mobile :
la couverture frontalière du territoire ;
l’encadrement des unités mobilisées ;
l’exécution des missions du temps de guerre à l’intérieur ;
Selon la note de l’état-major des armées (EMA) du 24 juillet 1936, qui définit l’emploi de la Garde républicaine mobile (GRM) en cas de mobilisation, la surveillance militaire de la frontière est confiée à 60 pelotons mobiles (PM). Avec le déclenchement de la guerre, le ministère de la Défense nationale et de la Guerre décide de renforcer le dispositif de couverture des frontières du Nord-Est en y déployant 30 pelotons supplémentaires, dont six en réserve générale. Ce renforcement s’étend aux zones des 1°, 2°, 6°, 7°, 14° et 20° régions militaires (RM), mobilisant ainsi 3 000 hommes.
L’objectif est d’établir un rideau protecteur facilitant la mobilisation. Concernant les missions des unités de la GRM, le chef d’escadron CONNAULT, de la 7° légion de la GRM (LGRM) basée à Bouzonville, décrit dans l’historique de son 4°groupe :
« Il est échelonné sur 62 kilomètres le long de la frontière de Lorraine… [Les troupes] ont une triple mission d’alerte, de destruction et d’action retardatrice sur une profondeur variant entre 6 et 8 kilomètres. » (6)
Les unités de la garde républicaine mobile affectées à la couverture de la frontière sont déjà en position et renforcent leurs effectifs dès l'alerte du 22 aout 1939. Le 24 août, le mesure n°27 est exécutée et les familles des gardes logés en zone rouge sont évacués.
Le 25 août, par l’application de la mesure n°41, certains pelotons mettent sur pied de guerre les sections de gardes frontaliers composées de réservistes qu'ils ont formées en temps de paix et dont ils assurent l'encadrement et prennent en charge la couverture, le contrôle et ensuite la fermeture de la frontière en collaboration avec les bataillons de douaniers et les bataillons de forestiers déployés sur la frontière.
Ce sont seize compagnies comptant 60 pelotons mobiles (PM) qui sont déployés pour cette mission auxquels se rajoutent 30 pelotons supplémentaires dont 6 en réserve générale pour la couverture des 1, 2, 6, 7, 14, 20, régions militaires, soit au total près de 3 000 gardes républicains.
Les positions indiquées sont celles à la mobilisation, elles changeront courant septembre. Le découpage en secteurs et sous-secteurs est celui en vigueur à la mobilisation. Il diffère du découpage usuellement retenu pour wikimaginot qui est celui en vigueur au 10 mai 1940.
Cette répartition est probablement incomplète et peut receler des erreurs, toute aide est la bienvenue.
Secteur Fortifié des Flandres :
9°LGRM 1°Groupe : Cba SAGETTE (21)
Déployé entre la Mer du Nord et Trelon.
Secteur Fortifié de l’Escaut : (19)
6°LGRM 2°Cie : Cne DUPAS
Secteur Fortifié de Maubeuge : (7)
Secteur de défense des Ardennes : (8-22)
13°LGRM 1° Cie : Cne VASSEUR
13°LGRM 7° Cie : Cne PIERRISNARD
13°LGRM 5° Cie : Cne BREDA
Secteur fortifié de Montmédy (9)
13°LGRM 8° Cie : Cne ROUX(18)
7°LGRM 11° Cie - PM 531 (9) : Sous-secteur de Marville
13°LGRM 6° Cie (25) : Cne COUMES, Tête de pont de Montmédy
Secteur fortifié de la Crusnes (10)
Secteur fortifié de Thionville (10)
Secteur fortifié de Boulay (10)
Secteur fortifié de Faulquemont (10)
Secteur fortifié de la Sarre (11)
Secteur fortifié de Rohrbach : (11)
Secteur fortifié des Vosges (11)
Déployé sur 12 blockhaus frontière.
Secteur fortifié de Haguenau (11)
Secteur fortifié du Bas-Rhin (11)
Secteur fortifié de Colmar et Mulhouse
Les surveillances aux frontières limitrophes des secteurs fortifiés de Colmar et de Mulhouse furent assurées par les unités déjà stationnées sur place notamment par le 152°RI pour le Secteur Fortifié de Colmar et le 171°RIF pour le Secteur Fortifié de Mulhouse qui donnera naissance au 10°RIF
Secteur fortifié d'Altkirch
Secteur fortifié de Montbéliard
La surveillance des frontières sur le secteur fortifié de Montbéliard est assurée par les Compagnies de Gardes Frontaliers issues des 72° et 79°Régiment Régionaux
Secteur fortifié du Jura
8°LGRM 1° Cie PM 548 Lt TOUGNE
8°LGRM 2° Cie (12) : Cne CHAPUIS
8°LGRM 4° Cie : Cne PICOT
Secteur Défense du Rhône : (13)
11° LGRM 2° Cie composée des PM53 AYGALAFES / Annecy, PM53, PM71
Secteur fortifié de la Savoie (16)
14° LGRM 2° Cie durant le mois de septembre 1939 en tant que membre d’un groupe de GRCA.
Secteur fortifié du Dauphiné
(en cours d'étude)
Secteur fortifié des Alpes maritimes (13)
11° LGRM 2° Cie PM 51 : Marseille AYGALAFES / Annecy en tant que membre du GR 53 de la 66°DI
14°LGRM PM263 / PM265 / PM267
Secteur Défensive de la Corse (14)
15°LGRM 8° Cie
Lors de la mobilisation de 1939, 6 000 hommes de la GRM sont mobilisés pour l’encadrement, répartis en 76 pelotons à pied, 38 à cheval et 23 motocyclistes. Ces unités encadrent les formations de série A et B selon les directives officielles.
Dès le 27 août 1939, la 11e LGRM de Marseille envoie ses premiers officiers vers les centres mobilisateurs de la 15° région militaire. À partir du 2 septembre, les effectifs sont redirigés vers plusieurs centres du sud de la France. Pendant toute la « Drôle de guerre », la GRM continue à alimenter en cadres les unités mobilisées et les réserves.
La GRM est également mobilisée pour renforcer les prévôtés, permettant de soulager la gendarmerie départementale. Si sa présence dans les prévôtés des grandes unités reste limitée, elle atteint 20 % des effectifs dans celles des 10° et 11° divisions d’infanterie, et monte à 50 % dans certaines prévôtés spécialisées comme celle de Reims ou la section de dépôt n°2, créée en novembre 1939.
En première ligne, certaines compagnies de GRM mènent des reconnaissances jusque sur le territoire allemand. Par exemple, le 6 septembre 1939, le PM 515 pénètre en Sarre. Le lendemain, le 4° groupe de la 7° LGRM effectue plusieurs incursions coordonnées, subissant quelques pertes, mais rapportant des renseignements précieux.
Le premier blessé des troupes françaises au combat sera un garde de la 4° LGRM. Aloys MATZ matricule 1752 du PM 535 de la 11°Cie sera blessé d’une balle à la main aux premières heures du 7 septembre dans le secteur de Wissembourg.(24)
Le 15 septembre 1939, une fois la mobilisation achevée, les compagnies de gardes frontaliers sont dissoutes et repliées. Désormais, les postes de la Garde républicaine mobile (GRM) ne sont plus tenus que par un effectif réduit de gardes républicains, tandis que les positions avancées sont reprises pour certains par les compagnies d’avant-poste des régiments d’infanterie en charge du secteur.
Certains pelotons de la GRM, notamment ceux de la 8° et 13° LGRM, restent en position avancée jusqu’en mai 1940, mais la majorité est retirée de la frontière pour réintégrer leurs unités. Ils sont alors affectés à des missions de contrôle et de police dans la zone des avants, à l’accompagnement des prévôtés militaires, ainsi qu’à l’encadrement des unités de série A et B de l’armée.
À la suite de l’accord franco-polonais de mai 1939, la GRM est intégrée dans des missions préparatoires à l’offensive française. La 3e compagnie motocycliste de la 7° LGRM mène des reconnaissances et participe à l’opération de nettoyage de la forêt de la Warndt du 9 au 24 septembre 1939. Ces missions, sans pertes pour la GRM, permettent de sécuriser des actions offensives comme l’attaque de Schweigen.
D'autres unités sont engagées dans des combats plus violents :
La 2° compagnie de Forbach combat entre le 23 octobre et le 10 novembre 1939, faisant des prisonniers et repoussant des incursions.(6)
La 10e compagnie de la 4e légion subit des pertes importantes le 8 novembre, avec la mort du chef d’escadron Gilot et la blessure grave du capitaine Robin.(6)
Malgré des conditions hivernales extrêmes, la GRM continue d’assurer la garde des blockhaus et reste active sur la ligne de front. Lors de l’offensive de la Warndt, le 4° groupe de la 7° LGRM, intégré au secteur fortifié de Faulquemont, combat brièvement en territoire ennemi avant de se replier.
Enfin, afin de valoriser son rôle et éviter l’ostracisme connu lors de la Première Guerre mondiale, un groupe de combat spécial est créé à l’automne 1939 : le 45° BCCG, formé avec des volontaires de la GRM et du 505° RCC, est officiellement constitué le 13 novembre 1939 et intégré à la 3° DCR du général Buisson.
Le 15 décembre, les missions des pelotons de GRM dans la zone des avants sont suspendues et les unités de GRM se replient vers la zone de l’intérieur avec pour missions le maintien de l'ordre dans la zone des armées et la zone d'étape. (16)
Pelotons restant en zone mission de surveillance des frontières fin septembre 1939 :
1°Armée : PM 27, PM 159, PM 231
2°Armée : PM 257, PM 259, PM 261, PM 214, PM 216, PM 218
DAA : PM 201, PM203, PM205, PM233, PM235, PM269, PM295, PM297, PM299
SF JURA : PM 211, PM213, PM215, PM548
Document 140202 non trouvé ou invalide
Outre l’encadrement la formation des unités de série A et B, la GRM fournit également des effectifs aux prévôtés pour soutenir la gendarmerie départementale débordée, en particulier dans certaines grandes unités où elle peut représenter jusqu’à 20 % des sous-officiers.
Dans les prévôtés rattachées aux grandes unités, la contribution de la Garde Républicaine Mobile (GRM) demeure généralement limitée. Toutefois, certaines exceptions viennent nuancer ce constat. Ainsi, au sein des prévôtés des 10e et 11e divisions d’infanterie (DI), la proportion de sous-officiers issus de la GRM atteint 20 % de l’effectif total, soit cinq gardes mobiles sur un total de vingt gendarmes dans chacune des deux divisions.
En revanche, l’engagement de la GRM se révèle bien plus marqué dans la formation de détachements prévôtaux chargés de missions spécifiques. Par exemple, la moitié du personnel affecté à la prévôté du centre de rassemblement des permissionnaires de Reims est constituée de gardes mobiles : cinq gardes et cinq gendarmes, placés sous l’autorité d’un adjudant.
Cet investissement dans la composition des prévôtés se manifeste également dans les sections de dépôt de gendarmerie, dont la mission consiste à faciliter le « complet » des formations de gendarmerie destinées aux armées. L’exemple de la section de dépôt n° 2, mise en place en novembre 1939, en témoigne : sur vingt-quatre prévôtaux, vingt-et-un proviennent de la GRM.
Durant la Drôle de guerre, la GRM assure des missions d’encadrement, de reconnaissance et de renseignement. Elle participe activement à des opérations en avant-poste, parfois en territoire ennemi, notamment lors de l’offensive de la Warndt en septembre 1939. Des reconnaissances en Allemagne, au prix de pertes, permettent de recueillir des informations stratégiques précieuses.
L’intégration des gardes à l’Armée active, combinée au retrait des pelotons en zone intérieure, entraîne une réorganisation en profondeur de la GRM, touchant aussi bien la numérotation des unités que l’affectation des pelotons.
Lorsque l’offensive allemande est déclenchée le 10 mai 1940, la GRM, rattachée aux groupes de reconnaissance d’infanterie (GRDI), est mobilisée pour des missions de reconnaissance, de sécurisation des itinéraires et de régulation des flux militaires et civils, notamment en Belgique.
Parallèlement, des compagnies de GRM, comme celle du groupe spécial de Satory intégré au 45° BCCG, sont transformées en unités de combat. Elles participent à des opérations mixtes avec l’armée de terre.
Face à la rapidité de l’avance allemande, les unités de la GRM, comme la 14e compagnie de la 1° LGRM, encadrent les mouvements de retraite des armées alliées dans un contexte chaotique, marqué par les bombardements et l’exode massif de la population. Certaines unités, comme le peloton mobile 8/3, se retrouvent isolées et contraintes de prendre des décisions autonomes en l’absence de directives claires.
Engagée également dans les opérations défensives dans les Ardennes et sur la Meuse, la GRM mène des combats de retardement, souvent au contact direct de l’ennemi. Des pertes sont enregistrées ou cours des premiers combats de mai 1940. Dans les secteurs de Charleville, Givet et Vouziers, ses missions s’étendent au regroupement de soldats en déroute et à l'organisation de la défense.
La désorganisation progressive de l’armée française, aggravée par les coupures de communication, complique encore les actions de la GRM. Malgré cela, elle continue à transmettre des renseignements, filtrer les unités isolées et soutenir l'état-major, comme durant l’opération Dynamo à Dunkerque, où elle participe à la défense de la ville et à l’évacuation des troupes.
À la chute du front de la Somme début juin, la GRM tente de défendre les accès à Paris avec des moyens limités. Le manque d’effectifs et l’absence de renforts condamnent ces efforts, et Paris est déclarée ville ouverte le 11 juin 1940.
Conçue à l’origine pour l’encadrement et la collecte de renseignement, la GRM est progressivement contrainte d’endosser des rôles de combat, de police militaire et de régulation du front. Son action, malgré des pertes sévères et une désorganisation croissante, permet de retarder temporairement l’ennemi et de préserver une part de cohésion dans les moments les plus critiques de la campagne de France. (16)
Le 8 juin 1940, le général Weygand reconnaît l’échec de la bataille de la Somme. Dès le lendemain, les troupes allemandes franchissent la Seine sans résistance. Le 10 juin, l’entrée en guerre de l’Italie ouvre un second front dans les Alpes, scellant la fin de toute résistance militaire organisée.
Dans ce contexte chaotique, la Garde Républicaine Mobile (GRM) poursuit ses missions jusqu’au 20 juin en région parisienne. Malgré l’exode massif et la désorganisation générale, elle tente de maintenir l’ordre et de regrouper les soldats isolés. Des évacuations à Melun et Corbeil, menées par les pelotons 38/1 et 40/1, se déroulent dans une confusion extrême. Tandis que certaines unités se replient, d’autres, comme la 13° compagnie de la 1re LGRM, restent à Paris pour prévenir les désordres lors du retour de la population.
Après la prise de Paris le 14 juin, la GRM poursuit ses opérations plus au sud. En Haute-Saône, la 5e compagnie de la 20e légion, isolée, tente de ralentir l’avancée allemande près de Gray, avant de se replier sur Pesmes. Les combats y sont violents et les pertes importantes : 3 morts, 3 blessés (dont le capitaine Moreau) et 39 disparus.
Parallèlement, alors que le gouvernement quitte Tours pour Bordeaux, la GRM y est mobilisée pour protéger les institutions, aider la population et défendre la ville, devenue une cible stratégique. Le 23 juin, les Allemands acceptent d’épargner Bordeaux, mettant fin aux missions défensives locales. La 6e compagnie de la 11° légion se distingue alors par son engagement dans les secours lors des bombardements.
Dans les Alpes, malgré leur infériorité numérique, les troupes françaises utilisent d’importants moyens pour freiner l'invasion italienne. La GRM, notamment via la 14° LGRM, participe à la défense des ponts et à la mise en place de positions avec les chasseurs alpins.
Alors que l’armée est en déroute et que l’armistice se profile, certaines unités de la GRM continuent la lutte isolément. Le général Clarion, le 24 juin, donne un ultime ordre de résistance. La signature de l’armistice avec l’Allemagne et l’Italie marque officiellement la fin de la campagne, bien que des poches de résistance persistent jusqu’en juillet.
Malgré l’oubli dans l’historiographie, la participation de la GRM à la campagne de France fut significative. Engagées dans des missions souvent invisibles et dangereuses, ses unités ont payé un lourd tribut : 377 officiers et sous-officiers tombés en 1939-1940. (17)
Le 17 novembre 1940, dans la zone occupée, les unités restantes de la Garde Républicaine Mobile (GRM) sont dissoutes. Certains de leurs membres sont transférés à la gendarmerie départementale, consacrant une rupture définitive entre la GRM et la gendarmerie.
En zone libre, la GRM est réduite à 6 000 hommes et renommée simplement « la Garde ». Réorganisée en six régiments, ceux-ci deviennent officiellement six légions en novembre 1940, avant de reprendre leur appellation de régiments en septembre 1942. En parallèle, en Afrique du Nord, une légion déjà en place est renforcée par la création de trois nouvelles.
La Garde passe sous l’autorité de la Direction de la Cavalerie, du Train et de la Garde, quittant ainsi la gendarmerie. Les compagnies sont restructurées en escadrons, organisés en régiments à structure militaire : chaque régiment comprend deux groupes de quatre escadrons (un monté, un motocycliste, deux portés), et l’ensemble est réparti en deux brigades.
À partir d’août 1941, les gendarmes internés en Allemagne sont mis en congé d’armistice. Réaffectés à la gendarmerie départementale ou à la Garde, nombre d’entre eux rejoignent la Résistance, au prix d’arrestations, déportations ou exécutions.
La Garde passe ensuite sous autorité civile : rattachée en 1942 au Secrétariat d’État à la Police, puis en 1943 au ministère de l’Intérieur, elle revient en 1944 sous l’autorité du ministère de la Guerre, devenant la Garde Républicaine.
1942 : le 8e régiment (Tunisie) et des escadrons du 7e régiment (Algérie) participent aux combats contre l’Afrika Korps.
1943-1944 : des gardes rejoignent le corps expéditionnaire français du général Juin (libération de Rome) et la 1ère Armée française Rhin et Danube du général de Lattre.
1944 : plusieurs unités s’engagent dans les maquis et contribuent à la Libération (groupements Daucourt et Thiolet).
En 1945, la Garde Républicaine est réintégrée dans la Gendarmerie nationale. Elle est alors composée de 9 légions, 19 groupes et 76 escadrons. En 1954, elle adopte son nom définitif de Gendarmerie Mobile.
1) Col Franque. La gendarmerie mobile. In: Revue Historique des Armées, n°185, 1991. pp. 34-49
2) Besson (général). Encyclopédie de la gendarmerie, volume 2, SPE-Barthelemy, 2005
3) http://garde.rep.mobile.57.free.fr/organisation.htm
4) Le financement du casernement des formations mobiles de la gendarmerie entre 1921 et 1939, Chef d’escadron Ali HAROUNE, Revue de la gendarmerie nationale, hors série numéro 3, 2002
5) https://jardins-ouvriers-selestat.fr/images/contenu_site/Lettres_Infos/Histoire_Quartier_Cambours.pdf
6) Colloque - 26 octobre 2006 Université Paris IV – Sorbonne, Aziz SAÏT, https://www.force-publique.net/sources/Revues/FP02art/FP-02-01-Sait.html
7) Rapport du Lt CHAMPENOIS, août 1941, SHD 34 N 1121
8) Rapport du Cne VASSEUR, août 1941, SHD 34 N 1121
9) JMO 11°Cie 7°LGRM, SHD 34 N 1121
10) Archives 7°LGRM, SHD 34 N 1121
11) Archives 4°LGRM, SHD 34 N 1121
12) Archives 8°LGRM, SHD 34 N 1121
13) Archives 11°LGRM, SHD 34 N 1121
14) https://atf40.1fr1.net/t1818-organigramme-de-la-defense-de-la-corse-1939-1940
15) Rapport du Lt TOUGNE du 14 août 1941, SHD 34 N 1121
16) Colloque - 26 octobre 2006 Université Paris IV – Sorbonne, Aziz SAÏT, https://www.force-publique.net/sources/Revues/FP02art/FP-02-01-Sait.html
17) Col Franque. La gendarmerie mobile. In: Revue Historique des Armées, n°185, 1991. pp. 34-49
18) Rapport du Mdlc HAUSSARCH du 14 août 1941, SHD 34 N 1121
19) Rapport de l’Adjc FLINOIS du 7 août 1941, SHD 34 N 1121
20) Rapport du Lt GOY Rapport du 12 août 1941, SHD 34 N1121
21) Rapport Cba SAGETTE Rapport du 7 aout 1941, SHDv34 N 1121
22) Rapport du Cba BARRIOT du 26 août 1941, SHD 34 N 1121
23) Note GQG du 20 septembre 1939, SHD 34 N1121
24) SHAT Fonds Gamelin 1 L 224, Carton 9. Le Drame de l’Armée Française du Front Populaire à Vichy, Gérard CHAUVY, p330
25) Rapport du Lt GOY du 12 août 1941, SHD 34 N 1121
Service historique de la défense - 34 N 1121
http://garde.rep.mobile.57.free.fr/
lecahiertoulousain.free.fr
Forcepublique, Revue de la SNHPG
http://tenuebleugendarme.free.fr/
https://tenue31.fr/gendarmerie/
Le financement du casernement des formations mobiles de la gendarmerie entre 1921 et 1939, SNHPG
La Gendarmerie Mobile, Colonel FRANQUE, Revue Historique de l’Armée n° 185 1991
Yann Galera (aspirant), La Garde républicaine mobile à l’épreuve du 6 février 1934, Maisons-Alfort, SHGN, 2003, 189 p.
Jean-Noël Luc (dir.), Histoire de la maréchaussée et de la gendarmerie. Guide de recherche, Maisons-Alfort, SHGN, 2005, p. 64.
Georges Philippot (général), « D’une militarité de statut à une militarité d’emploi », conférence du 6 avril 2004, Paris IV, dans le cadre du séminaire « Gendarmerie, identité nationale et régulation sociale ».
Besson (général), Pierre Rosière, Gendarmerie nationale, Paris, Xavier Richer, 1982, pp. 240-241.
Note de l’EMA n° 358 1/EMA, 1er bureau, Paris, 7 septembre 1939, sur la répartition et regroupement des effectifs de la GRM, SHD-DAT, 7 N 2463.
Besson (général), Encyclopédie de la gendarmerie, volume 2, SPE-Barthelemy, 2005, p. 60.
Historique du 4e groupe de la 7e légion de la GRM, n° 692, du 17 juillet 1941, SHD-DAT, 34 N 1121.
Rapport n° 473/3, du lieutenant Duval, ex-commandant du PM 515, sur l’activité du PM 515, durant la campagne de 1939-1940, La Flèche, le 8 août 1941, SHD-DAT, 34 N 1121.
Historique du 4e groupe de la 7e légion de la GRM, n° 692, 17 juillet 1941, SHD-DAT, 34 N 1121.
Rapport n° 113-2/D, du capitaine Poulain, sur l’action de la gendarmerie de la 6e compagnie de la 7e légion de la GRM, Saint-Pourçain, 16 août 1941, SHD-DAT, 34 N 1121.
Rapport n° 466, du capitaine Coulin, sur l’utilisation de la 3e compagnie de la 7e légion de la GRM comme unité combattante au cours de la guerre 1939-1940, Pontoise, le 7 août 1941, SHD-DAT, 34 N 1121.
Rapport du Capitaine Ventrillard, ex-commandant de la 11e compagnie de la 4e légion de la GRM, sur l’emploi de cette unité (1939-1940), 23 août 1941, SHD-DAT, 34 N 1121.
Rapport de l’adjudant Zingraff sur les opérations auxquelles il a participé avec la 3e compagnie de la 7e légion de GRM, Vichy, 20 août 1941, SHD-DAT, 34 N 1121.
Historique de la 11e légion de la GRM, (1936-1949), SHD-DGN, 6 doc. 99.
Frédéric Guelton (lieutenant-colonel), « La bataille des Alpes », dans La campagne de 1940, op. cit., pp. 221- 239.
Philipe Masson, Précis d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, Paris, Tallandier, 1992, p. 34.
Emmanuel HORNY
GRM
Posté par Rémi le 23/10/2025